Zàijiàn Fàguó !

Départ programmé
Le jeudi 14 mars dans la matinée, je prends mon envol avec 2 compagnons de route pour ce qui sera mon plus long et plus lointain séjour à l’étranger. C’est le programme de compagnonnage international CréaTIC de l’Université Paris 8 qui nous permet ce voyage de 4 mois en Chine. J’ai choisi la Chine plutôt que la Colombie ou la Côte d’Ivoire (dont vous pouvez également lire les carnets de voyage des autres étudiants sur ce blog) car ce pays m’a toujours intéressé depuis que j’ai appris à calligraphier quelques idéogrammes et découvert le jeu de Go étant enfant. En plus de mon intérêt toujours aussi vif pour les écritures et les signes graphiques, je souhaitais m’immerger dans une culture aux antipodes de la mienne, occidentale. D’autant plus aujourd’hui où ce pays connaît un essor industriel et technologique considérable, le hissant au rang d’acteur majeur sur la scène internationale.

Réduction du monde
Mais avant de rejoindre l’Empire du milieu (中國), c’est par un tout autre espace que nous allons passer. Celui des transports aériens, des flottes d’avions et des immenses aéroports. Ces espaces d’embarquement sont des lieux particuliers, des non-lieux selon l’expression de l’anthropologue Marc Augé. À Paris, Frankfurt (notre escale) ou Pékin (que je nommerai désormais Beijing conformément à sa transcription dans le système « Pinyin », l’alphabet phonétique chinois mis en place par les autorités chinoises à partir des années 1950, très pratique pour les Occidentaux bien que vraisemblablement peu appris par les Chinois), il est difficile de percevoir dans quel pays nous nous trouvons.  Sans les inscriptions en allemand autour de nous, il nous aurait été impossible de distinguer qu’après seulement 1h30 de vol, nous faisions escale dans un autre pays. Les mêmes tapis roulants nous acheminent le long d’interminables couloirs, les mêmes boutiques en tout genre occupent les hall et nous proposent, en guise d’attente, de nous délester de quelques monnaies qui bien que dématérialisées, retrouvent alors tout leur poids. Heureusement tout n’est pas payant. Aussi l’espace de visionnage de films, l’aire de jeux pour enfants, et plus calibré pour nous, le gaming world : une dizaine de consoles de jeux Xbox en accès libre. À nous les Just dance, Fifa 19 et autres Lapins crétins. Assez de choix pour ne pas voir le temps passer. Nous manquerions presque notre vol si après tous nos efforts, nous n’éprouvions pas le besoin de nous reposer dans les confortables coquilles-fauteuils au câble Jack pendouillant où brancher un appareil pour écouter sa musique sans gêner ses voisins grâce à l’enceinte incrustée dans la partie supérieure recroquevillée de l’habitacle. Car ces jeux vidéos vous épuisent ! Tous 3 derrière la Kinect (système de détection des mouvements), nos têtes apparaissent à l’écran, prêts à en découdre à grand renfort de gestuelles aussi frénétiques qu’approximatives. Nous retrouverons d’ailleurs ce type de dispositif d’enregistrement facial à notre arrivée en Chine. Nous y ajouterons nos empreintes digitales au moment de dire définitivement Au revoir France, intitulé de ce 1er billet (Zàijiàn se prononce Dzaille-djenne) et de conclure ce périple dans les eaux internationales pour rejoindre cette civilisation inconnue.

1 slip, 1 brosse à dent, 1 CB
Avant de partir j’ai reçu de très bons conseils pour préparer ma valise : 1 slip, une brosse à dent et 1 CB suffisent ! L’essentiel n’est pas dans les 20kg autorisés en soute mais bien dans les découvertes et les rencontres que nous feront sur place, quitte à retourner chez Décathlon ou Auchan, les 2 principales marques affichées sur le plan d’un grand centre commercial avec Ikéa, au besoin. En dehors de ces espaces familiers, tout est différent et à peine arrivés, il nous faut reprendre les bases. Nous entamons alors un tour de régularisation de toutes les formalités administratives : retirer de l’argent, payer les 4 mois de loyer à l’université (125€/mois), présenter son visa au commissariat et trouver des cartes SIM chinoises pour faciliter son accès à internet. 5 étudiants nous ont tour à tour accompagnés dans ces démarches. Ils sont très attentionnés et disponibles pour faciliter au mieux notre arrivée. Nous sommes au Beijing Institut of Graphic Communication, dans un campus qui regroupe des bâtiments de cours, de logement, de restauration, des espaces sportifs, un mini supermarché. Une carte étudiante nous permet d’entrer et sortir de chaque immeuble et de payer dans la petite boutique (au dessus d’un montant minimum). Notre chambre avec Raphaël (qui publie le mercredi sur ce blog) s’ouvre avec un autre badge spécifique et ressemble à une chambre de résidence saisonnière en dehors des matelas très durs et du nettoyage sans doute laissé à la charge des derniers locataires. Kim, avec qui nous formons le trio français du campus (et qui publie, elle, le samedi) est à l’étage supérieur, le 8è sur un total de 9, réservé aux filles. Pas trop de problème avec l’argent liquide pour l’instant dans cette économie dématérialisée. 800€ m’ont donné 5873 yuhans. Ici, la plupart des actions passent par l’application Wechat (payer, de la supérette au e-commerce, commander un taxi, chater, publier ses « moments » sur le réseau social, suivre un itinéraire, traduire des conversations et sans doute bien d’autres encore). Nous avons assisté à plusieurs reprises à leur recourt instinctif aux options de traduction. Même si elles restent perfectibles, c’est surprenant : ils parlent dans leur smartphone et la traduction s’affiche immédiatement. Le sens est plus ou moins exact mais les quelques formulations obtenues sont suffisantes pour aller vers plus de compréhension. Parfois, ça ne fonctionne pas. Ce n’est ni le moment ni l’endroit. Comme dans le sea food, dernier restaurant ouvert dans une obscurité désertique le soir où, totalement décalés par notre voyage, nous sommes sortis du campus vers 23h (16h en France). Ils ont accepté de nous servir à 15 minutes de la fermeture, après de longues minutes très amusantes à ne pouvoir s’échanger aucun mot d’aucune langue mais à bien rire. Chacun dans son langage, avec de grands gestes et des expressions faciales en tout genre, l’anglais ne servant à personne. Nous avons finalement pu conclure notre arrivée ici, à Beijing, en dégustant divers poulpes et raviolis cuits à la vapeur sur une table au réchaud encastré. C’était savoureux, fondant, fin, et la sauce… Un plaisir des sens dont je ne connais pas non plus les mots de la langue.

Langage de signes
Dans le Parc Beihai, plus ancien jardin impérial du monde (dynastie Liao, 1166) situé au centre de Beijing où nous avons fait notre première balade le lendemain de notre arrivée, j’ai eu la chance de recevoir un cours d’écriture improvisé. Alors que nous rejoignons la sortie du jardin au soleil couchant, nous apercevons des petits sauts d’eau posés par terre dans lesquels des enfants trempent des tiges métalliques ponctuées d’un petit pinceau pour dessiner à même le sol. En apprenant que je suis Français, l’homme qui s’occupe de cet espace d’expression aquatique inscrit « France » et « Paris » suivant un ductus (ordre de tracé des différents traits) que vous pouvez distinguer dans les 2 images animées suivantes. Une fois ces bases établies, il m’invite à le suivre pour dessiner après lui les 1ers chiffres, entonnant en cadence « one, two, three… » à chaque geste. Une initiation soudaine qui n’aura pas manqué d’interpeller de nombreux passants et dont je me suis apparemment pas trop mal sorti à en croire les A+++++ qu’il m’a attribué non sans humour. Heureusement que pour le suivre, j’avais quelques bases de chorégrap… je veux dire, de calligraphie !

France écrit à l’eau en Chinois
Le mot « France » calligraphié à l’eau en Chinois

Paris écrit à l’eau en Chinois
Le mot « Paris» calligraphié à l’eau en Chinois