Un rituel particulier

Comme pour toute bonne publicité, je me dois de vous informer que tout abus d’alcool est dangereux pour la santé, et qu’il est à consommer avec modération. Nous ne voudrions pas vous inciter à des actes autodestructeurs. Après tout, comme pourrait si bien le dire nos amis colombiens, le corps, refuge ultime de son Moi, est un temple sacré devant lequel il faut se déchausser avant d’entrer, pour ne pas souiller le sanctuaire de son âme.

D’étonnantes bouteilles

Revenons au début de notre séjour. Dès notre première excursion au supermarché en compagnie de nos amis et guides, nous avions été interpelés par cette grande allée regroupant une multitude de bouteilles en verre. Certaines sont vertes surplombées d’une étoile rouge, et ne sauraient sans rappeler des bouteilles de bières hollandaises. D’autres opaques, imitent à l’aide d’un trompe-l’œil quasiment parfait, la céramique chinoise traditionnelle. Que pouvaient donc être ces étranges breuvages ? Avec bienveillance, l’une de nos guides nous explique qu’il s’agit d’une boisson typique du pays, consommée par une grande partie de la population. En petit format de poche, ou dans des bouteilles en plastique de cinq litres (comme celles achetées par son grand-père), dans les supermarchés comme dans les boutiques spécialisées dans la vente d’alcool (qui semble être aussi nombreuses que nos bureaux de tabac), on en trouve de toute forme.

Le « baijiu », qui signifie littéralement alcool blanc, est plus communément appelé du côté occidental « alcool de riz ». Cette dénomination française reste cependant très réductrice car elle regroupe deux catégories opposées qui amène une grande confusion pour les non-initiés (comme nous). L’une fait référence à un alcool réalisé à partir de riz gluant fermenté, donnant une couleur rouge proche du vin. Doux en bouche, il semble même être fruité bien qu’il soit réalisé à partir de céréales. L’autre, qui est grandement confondu dans nos esprits avec le saké, alcool japonais, est une eau de vie obtenue par distillation de vin de céréales (donc de l’autre catégorie, oui, ça semble compliqué tout ça). Il est transparent et semble bruler l’intérieur de notre corps à chaque gorgée. Afin de savourer au mieux cette boisson, il existe une technique de consommation particulière que nous avons découvert lors de notre premier repas d’entreprise.

Repas de bienvenue

Chaque mois, s’organise au sein de Sis’goin Ltd, un événement qui regroupe employés et dirigeants pour un moment convivial et festif. En ce début de mois, nous avons donc été conviés à un repas au sein d’un restaurant typiquement chinois pour célébrer les anniversaires du mois mais également pour marquer notre venue. Assis autour de deux grandes tables, nous avons découvert les codes et coutumes de ce genre d’événements, où l’alcool de riz semble être un des piliers.

En effet, lors des réunions d’entreprise, il est courant de consommer cet alcool pour trinquer à l’occasion d’événement important, tout en respectant un rituel bien particulier. Selon la tradition chinoise, on ne boit pas pour soi : il convient d’inviter une ou plusieurs personnes en se levant. Avec le verre (dont la contenance ne dépasse par les cinq millilitres) rempli à ras bord grâce à sa petite carafe personnelle, il faut entrechoquer celui de son compagnon en prenant garde de ne pas le placer plus haut si celui-ci est un supérieur hiérarchique. Une fois le verre vidé d’un coup sec (technique nommée gānbēi, littéralement « verre sec »), celui-ci doit être présenté à ses collègues afin de prouver qu’il est entièrement vide. Le responsable « Designer » nous recommande également de prendre de grande inspiration par le nez. De cette façon, il est plus simple de distinguer et de savourer les notes épicées qui s’en dégagent.

Ainsi, si vous êtes prochainement conviés à un quelconque repas d’entreprise en compagnie de collègues chinois, vous êtes désormais prêts à faire honneur à vos hôtes en maitrisant à perfection toutes les subtilités de l’alcool de riz.