Un dernier mot

Comme Quentin l’a abordé la semaine dernière, le décompte est lancé pour notre tant redouté retour en France. Pendant que certains profitent de leurs derniers jours en fuguant dans des lieux riches de souvenirs, que d’autres ont déjà remercié toutes les personnes qui les entourent, de notre côté nous réalisons petit à petit que nous vivons nos dernières fois.

Ainsi, c’est avec un pincement au cœur que nous avons eu notre « dernier repas d’entreprise » en compagnie de tous nos collègues. Malgré les problèmes de communication pouvant restreindre par moment les interactions, les personnes que nous avons rencontrées tout au long de ces trois mois sont extrêmement attachantes et sont devenues très importantes pour nous. Autour de canard en sauce, de wok de divers légumes et d’autres spécialités originaires du sud de la Chine, accompagnés de Ganbei d’alcool de riz, de rosé ou de thé, nous avons célébré nos derniers moments ensemble mais également mis à l’honneur la relation franco-chinoise, issue des partenariats établis entre les facultés francaise et chinoise, et Sis’Goin. À l’occasion de notre départ, le patron de notre entreprise nous a rendu un grand honneur en nous offrant un cadeau particulier. En guise de remerciements, il a mis son talent d’écriture en exergue en réalisant trois calligraphies personnifiées.

 La calligraphie chinoise

Nous avons au moins tous une fois entendu parler de la calligraphie. Mais qu’est-ce vraiment au juste ? Littéralement, c’est l’art de bien former les caractères d’écriture manuscrite. Le but principal est donc d’apporter du soin à écrire, à travailler un mot ou une phrase, le tout de façon artistique tout en transmettant des émotions. La particularité chinoise se trouve au niveau de la richesse de l’écriture. En effet, il existe plus de 10 000 sinogrammes (caractères chinois), laissant donc un champ d’expression extrêmement large. Certains caractères ont plusieurs graphies, c’est-à-dire, une représentation graphique, et le calligraphe peut également jouer sur les pleins et les déliés des sinogrammes pour accentuer les émotions transmises par sa représentation, ce qui agrandit d’autant plus les possibilités créatives.

Le premier jet

Au deuxième étage de Sis’Goin, dans une petite salle, qui me semblait étrange avant d’y voir ce qu’on y fait, trône une grande table recouverte d’une curieuse double épaisseur blanche. Collée au mur, autour d’elle ne prennent place que de basiques mobiliers de bureau : quelques armoires emplies de classeurs. C’est ici que nous avons assisté à la première réalisation des calligraphies. Pour les créer, il faut des outils bien particuliers. On appelle le matériel de calligraphie chinoise les quatre trésors du cabinet de travail. Il s’agit du pinceau, du papier, de l’encre et de la pierre à encre.

Devant nous se trouvent alors une variété de pinceaux, fait de poils de chèvre et de loup. Le patron en saisit un, le trempe pour cette fois uniquement dans l’eau, se place au-dessus d’un support de brouillon et s’entraine à l’écriture de nos citations. Sur ce rouleau de tissu particulier, l’eau marque comme de l’encre. Une fois sèche, l’écriture disparait et il peut donc être utilisé à nouveau. Une fois son mouvement de bras et de poignet parfait, il se lance alors sur la version finale de l’œuvre.

Un message particulier

Chacun d’entre nous, après avoir à nouveau traduit notre nom en chinois, s’est vu attribué une citation, qui reste difficile à traduire. Pour Thibéry, de son nom chinois 梯博里, (prononcé Tibuli) ce sont les mots 宁静致远 qui lui sont dédiés. Traduit littéralement par calme et loin, ils se rapportent à quelqu’un de solitaire. Sur la calligraphie de Raphaël, majoritairement connu dans l’entreprise sous le nom de 拉法 (LaFa), on peut y lire 行云流水, l’eau qui coule, en référence à son ambition qui suit imperturbablement le flot naturel et est donc inarrêtable. Enfin, la troisième citation qui m’est dédiée, 天地人和 se traduit par le ciel, la terre et les personnes. Elle signifie qu’il est importance de s’ouvrir aux autres.

La grâce du poignet

Le gros pinceau en main, M.Huang se lance alors dans une chorégraphie de mouvements codifiés qui peut rappeler la grâce du rituel du thé. Une fois trempé dans l’eau, le pinceau est imbibé d’encre de Chine, présente dans la pierre à encre sur laquelle on l’a délayée. C’est en seulement quelques coups de poignets précis et secs que la citation apparait au centre de la feuille de riz. Après quelques retouches, là où le trait ne le satisfait pas, il se saisit d’un pinceau plus fin pour y ajouter nos noms respectifs et les marquer d’un sigle rouge. Bien que le sens des mots joue un rôle dans ce cadeau, le plus important reste l’état du calligraphe lors de la réalisation de l’œuvre. Ce jour-là, M. Huang sortait d’un état grippal. C’est pourquoi, il a décidé de les redessiner le lendemain lorsque sa santé était à nouveau à son plus haut niveau, bien qu’à nos yeux, les premiers jets étaient déjà extraordinaires. Avec ces œuvres, nous ne pourrons définitivement pas oublier cette incroyable expérience.

Calligraphie de Kim

Calligraphie de Raphaël