Top 5 des lieux que vous ne devriez jamais visiter à Beijing

Sounds of Beijing -> Chaque mercredi, nous vous proposons la musique qui a rythmé notre semaine afin que vous puissiez l’écouter en lisant nos chroniques, et ainsi vous plonger dans nos aventures. Cette semaine, on s’envoie une bonne dose de haine et de négativité avec Jony J qui, dans un style très Kery Jèmsque, nous interprète son titre 奴隶, littéralement « esclave ». Parfait pour se mettre en condition avant une bonne avalanche de mauvaise foi et de critiques injustifiées !

Nous l’évoquions la semaine passée, tout ne vaut pas le coup d’être vécu, même à Beijing ! Après un mois et demi à nous supporter (dans tous les sens du terme) mutuellement, nous avons vu assez de choses pour vous concocter un petit top 5 de derrière les faguo (hahaha excellent -> Pour ceux qui ne suivent pas, retour leçon numéro 1). Voici donc un concentré des choses les moins intéressantes de Pékin, entre fiction et réalité (mais quand même surtout réalité).

5. La zone industrielle de Wuluju

Délicatement décrit dans l’article à propos de notre première semaine de stage, le premier lieu de ce top pourrait être un choix discutable. Non pas parce qu’on y cuisine les meilleurs Baozi de la capitale (car c’est faux), ni que les parties de badminton y sont les plus endiablées (faire trois échanges avec les raquettes au cordage explosé relève du miracle) ; mais simplement car on pourrait penser que les briques noires du bâtiment où nous travaillons donnent au lieu un coté typique. Mais c’est loin d’être le cas.

Le voyageur aventureux pourrait être tenté de pénétrer dans l’enceinte de cette zone industrielle encastrée entre une voie rapide et des immeubles d’habitation. Mais au-delà des questions que soulève cette hypothèse (Que fait-il à Wuluju ? N’a-t-il rien de mieux à faire que d’errer dans les quartiers ouest ? Quelle est la marque de son chapeau-parapluie ? Qui est cet Esteban ?), le premier obstacle qui le sépare du siège de Sis’goin est le manque d’informations présent dans la zone. Sans être guidé, il est impossible de deviner que derrière la porte en fer rouillée se trouve un « pôle d’innovation » qui rassemble une bonne vingtaine d’entreprises du secteur du digital. Une fois passée l’arche à l’effigie des pionniers du web (Steve Jobs comprit), le badaud sera alors confronté à un dilemme : doit-il s’enfoncer dans le dédale de ruelles où dorment des chiens errants ou préfère-t-il pénétrer dans un des bâtiments attenants qui abordent de si beaux barreaux aux fenêtres ? Une question qui restera malheureusement sans réponse puisque notre doux baroudeur aura sans doute opté pour le petit « Food-Court » de l’autre côté du terrain vague. Encore un mauvais choix puisque le lieu en question est un hangar en sous-sol où les odeurs se mélangent aussi bien que les transpirations des gourmands collés les uns contre les autres sur de longues tables plastifiées.

Pourtant tout n’est pas à jeter à Wuluju. Au-delà du caractère inintéressant et grisâtre de la zone, le voyageur aguerri (et rassasié par son repas souterrain) pourra apprécier la douceur de l’ananas fraîchement coupé en traversant la huit-voies sans passage piéton pour retourner travailler. Un bonheur éphémère bien loin d’effacer le dégoût à jamais indélébile que laissera le quartier dans sa mémoire. Bilan : n’y allez pas.

Note sur l’échelle de l’ennui : l’épisode 11 de la saison 19 des feux de l’amour. Celui où Jack apprend que Brenda est en fait la mère de son cousin par alliance.

4. « Château Versailles » sur Xinghua Street

Revenu d’entre les morts (d’ennui), notre fougueux voyageur décide alors de changer de quartier pour découvrir le sud de la ville qui est, paraît-il, si différent de la grisaille Wulujesque (Wulujienne ?). Une fois descendu à la station Xihongmen, il entreprend une balade pour se vider la tête et évacuer les traumatismes rétiniens liés à ses visites matinales. C’est là qu’il tombe nez à nez avec une zone qui lui semble étrangement familière : Versailles ! Lieu de la délicatesse et du bon goût à la française, la réputation du château semble avoir dépassé les frontières. Mais à la manière du téléphone arabe, c’est un mélange de styles, d’époques et surtout d’influences qui s’étendent à perte de vue devant notre curieux baroudeur. Des colonnes grecques de 20 mètres de haut soutiennent des bas-reliefs Incas bordant eux même des fenêtres à la française. Et nous ne parlons ici que de ce que peut voir le tout-venant. Car nul doute que derrière les massives portes en fer forgé à la prussienne se cachent encore bien des fiertés gauloises.

Quel que soit l’angle, la résidence sobrement appelée « Château Impériale » (avec la faute, preuve à l’appui ci-dessus !) semble regorger de richesses qui feraient pâlir d’envie Las Vegas et Dubaï, unanimement reconnues comme les capitales mondiales de la délicatesse et du bon goût.

Note sur l’échelle de l’authenticité : Kim Kardashian.

3. Le bar Mojito Man à Sanyuan

Dépité par les déconvenues successives de son périple pékinois, notre doux voyageur se décide à sauver ce qu’il reste de sa journée et prend donc la direction de Sanlitun pour noyer sa peine dans un cocktail sucré. Par chance, un de ses amis (appelons le Thomas pour le bien de l’histoire, toute ressemblance avec la réalité serait purement fortuite) ayant vécu dans la capitale pendant quelques mois lui a conseillé un bar aussi typique que bon marché : Mojito Man. Deux mots qui sonnent comme une délivrance dans la tête traumatisée de notre bon touriste, en quête d’un peu de réconfort. Il cherche donc sur internet l’adresse de ce petit coin de paradis et se met en route vers Zuojiazhuang, au nord de Sanlitun. Les quarante minutes de marche lui ouvrent l’appétit au fur et à mesure qu’il quitte les rues commerçantes et les coins fréquentés. Mais que ne ferait-il pas pour des Mojitos à 15 Yuan ?

L’adresse indiquée semble mener à un centre commercial souterrain accolé à un hôtel faisant face au premier ring périphérique. « Les bon plans se méritent » songe-t-il en dévalant les escaliers menant au sous-sol éteint. Chaque marche descendue est une cuillerée d’espoir ôtée au gros pot de glace framboise qu’est son cœur. Une fois le fond (du pot) touché et la dernière marche atteinte, il ne lui restera plus qu’à vérifier les avis et commentaires laissés sous l’article : « A déménagé à côté du Stade des Travailleurs ». Merci Nathalie61@free.fr, mais c’est un peu tard !

Note sur l’échelle de la défaite : La Belgique en demi-finale de la Coupe du Monde 2018.

2. La bretelle de périphérique de Fuxingmen

Ou plutôt le trottoir qui longe la bretelle de sortie du deuxième périphérique ouest, et qui passe en dessous de Fuxingmen Street.

Fuxingmen Street

C’est là que va atterrir notre ambitieux ami. Dépité, fatigué et bientôt frigorifié ; il n’a plus qu’une seule envie : pouvoir regagner son lit douillet. Si ses récents exploits lui ont appris une chose, c’est qu’il faut parfois jouer la carte de la sécurité au lieu de partir à l’aventure. Notre héros se résigne donc à commander un chauffeur qui le ramènera en lieu sûr sans qu’il n’ait à utiliser les dernières forces qui lui restent. Uber n’étant pas fonctionnel au pays de Mao, il faut passer par l’équivalent local : le très sérieux « Didi ». En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, le point de rendez-vous est fixé (vous avez deviné où) et le voilà inscrit dans la file d’attente virtuelle. Coup de chance, il est dans une zone pas loin d’être déserte et seuls une vingtaine d’autres utilisateurs ont eu la même idée que lui. Armé de patience, il observe son nom avancer dans le classement jusqu’à arriver à la première position. Là, l’impatient se lève, pressé qu’il est de pouvoir dormir pour oublier cette journée éprouvante. Il se voit déjà tailler le bout de gras avec son futur chauffeur. Il lui semble même l’entendre critiquer la circulation si compliquée qu’on se croirait à Abidjan. Il le sait, il le sent, son Didi sera le plus rapide de la capitale, peut-être même qu’il proposera des bonbons et une bouteille d’eau !

Malheureusement, ce que ce voyageur pourtant chevronné ne sait pas encore, c’est qu’il attendra plus d’une heure sous la pluie avant de se résoudre à héler un taxi qui acceptera de le ramener chez lui, à condition qu’il sache lui expliquer en chinois où il désire aller. Ce n’est que lorsqu’il aura atteint son but et qu’il pourra enfin s’affaler sur sa paillasse, qu’il prendra conscience de la chance qu’il a d’avoir pu vivre la vie pékinoise « à 200 à l’heure ». Il se consolera tout de même en admirant sa série de photos de cristaux découverts sur les lieux et immortalisée autant pour passer le temps que pour faire son intéressant dans son article du lundi soir.

Note sur l’échelle de l’attente : Pénélope.

1. La ville souterraine

Pour conclure ce top 5 tout en positivisme, comment ne pas mentionner l’inoubliable haut lieu du tourisme underground pékinois : la cité souterraine. Bien reposé après sa nuit de cinq heures ponctuée par les appels téléphoniques et les chants traditionnels pakistanais de ses voisins, notre valeureux et téméraire inconnu abat sa carte maîtresse : la visite d’anciens bunkers construits dans les années 70 sous le centre-ville de Beijing, et désormais occupés par plus d’un million de personnes si on en croit Wikipedia. Selon un célèbre blog de voyage français, une véritable vie parallèle s’est même développée dans ces enchevêtrements de dortoirs parmi lesquels ont fleuri des lieux de vie, des commerces et même des écoles. Emporté par un élan de curiosité, il fonce alors vers les hutongs du quartier de Qianmen au sud de la Cité Interdite. Pour arriver à l’entrée principale indiquée, il faut se perdre dans un dédale de ruelles piétonnes bordées par ces rangées de maisonnettes traditionnelles aussi grises que les poumons de Vernon Subutex (à lire/regarder si ce n’est pas déjà fait). En arrivant sur les lieux, notre voyageur sent ses jambes fléchir. Son pouls accélère. Il sait que cette visite changera à jamais la perception qu’il a de la ville de l’éternel printemps. Lui qui a toujours rêvé de connaître l’envers du décor, comment réagira-t-il aux conditions de vie de ces personnes terrées, faute de place à la surface ?

Une question qui restera à jamais sans réponse dans les limbes de son séjour souterrain imaginaire. Notre impétueux pérégrin aura beau ratisser le quartier de long en large, jamais il ne trouvera l’entrée de la cité fantasmée. Il jettera tout de même ses dernières forces dans la bataille et ira demander à un commerçant si il peut le renseigner, mais la réponse de ce dernier ne fera qu’achever sa quête du Graal sur l’autel de la glaciale réalité : « Les souterrains ? Ils sont fermés depuis 5 ans déjà ! ».

Note sur l’échelle de la fermeture définitive : Virgin Megastore.