Tirés au cordeau

Comme évoqué précédemment, la semaine passée fut celle de notre arrivée en entreprise, et de nouvelles habitudes. Sis’goin Technology (en Chinois 盛世光影pour Shengshi Guangying Technology Co., Ltd.) développe des produits pour l’Industrie culturelle et créative, principalement des scénographies numériques et interactives, pour des musées, des pavillons d’exposition, des hôpitaux et autres institutions. Chercher à en savoir plus sur nos moteurs de recherche latin ne donnera que peu de résultats si ce n’est ceux de notre programme d’échange international et sans doute bientôt nos propres billets. L’entreprise communique pourtant régulièrement sur ses activités et notamment sur notre arrivée. Mais leurs canaux de diffusion échappent au plan des réseaux dont nous avons connaissance. C’est dommage car sa vidéo de présentation que nous avons vue le premier jour, aux effets de transitions hollywoodiens, dévoilait bien le large spectre de projets qu’elle a réalisé, les nombreuses récompenses qu’elle a reçues, ainsi que ses partenariats de longue date, elle qui existe depuis 2007. Mais c’est tant mieux car ainsi, vous la découvrirez avec nous, de l’intérieur.

 

Dans la lune
En ce qui nous concerne, nous avons été affectés au pôle multimédia dont les principales compétences tournent autour du développement informatique et de la modélisation 3D. Leurs réalisations sont installées en démonstration dans une salle au rez-de-chaussée. On y parvient après la salle d’accueil à l’entrée, petite pièce lumineuse au guichet principal orné du nom de l’entreprise calligraphié traditionnellement et encadrée sur ses deux murs par le trombinoscope des salariés ainsi que des plaques en or et argent des partenaires, dont celle de CréaTIC. Au bout du premier couloir, nos nouveaux collègues nous emmènent donc dans leur showroom découvrir leur travail et prendre nos repères… sur la lune. Car leurs installations en démonstration portent sur des simulations de projets spatiaux dans des casques de VR (Réalité Virtuelle). Si nous savions partir à l’aventure durant ce séjour, nous atteignons là des limites insoupçonnées : expérimenter l’apesanteur dans la station ISS, rouler sur la surface lunaire dans un véhicule monté sur des essieux qui chahutent votre déplacement ou encore, s’asseoir dans le cockpit de la sonde Apollo 11 pour vivre aux côtés des avatars de l’équipage, le trajet incandescent du retour sur terre. Des expériences qui vous procurent des sensations dignes d’un parc d’attraction, le souffle dans les cheveux en moins, l’impression de mise en orbite en plus.

À l’assaut des cratères lunaires

3 pieds sous terre
Pour rejoindre ce lieu de projection dans des dimensions lointaines, il nous a fallu descendre avant bien bas. Très bas. Il est possible de recenser pas moins de 60 marches pour descendre l’interminable escalator de notre métro. Passage désormais quotidien. Nous qui jusqu’alors, planifions nos semaines au jour le jour, bénéficiant d’une marge suffisante pour organiser les visites et autres balades dont vous avez eu vent sur ce blog, avons maintenant franchi un nouveau palier. Et il semble d’ores et déjà acquis qu’atteindre la lune n’est possible qu’au prix d’investissements conséquents. Et si nos week-ends restent libres, à la différence de nombreux employés de l’entreprise, nos semaines hors du campus seront pour les 3 prochains mois bornées de 7:15am à 7:15pm. Ce dans quoi il faut compter les 2h30 de trajet quotidien en métro.

 

La course aux honneurs
Le métro de Beijing aux heures de pointe est caractéristique d’un pays qui jamais n’arrête sa course au développement. Sur les petits écrans présents de part et d’autre des portières, après un rappel des informations importantes, comme les accords conclus entre l’Italie et la Chine sur les nouvelles « routes de la soie », des animations graphiques nous content le récit de héros, à grand renfort de couleurs vives et autres effets d’animation parallaxe. Ainsi, entre MA JIA PU et Beijing South Railway Station, nous découvrons grâce aux sous-titres en anglais comment un entrepreneur-bâtisseur « n’a pas gaspillé son temps en 9 années » avec son équipe, pour réussir un immense projet de tunnel immergé flottant (ou pont d’Archimède). Lui qui était déterminé à « atteindre les sommets quelque soit la hauteur de la montagne » et à « atteindre sa destination quelque soit la distance du trajet ». Tout comme ce « fidèle disciple du parti » qui s’est investi pour construire le gouvernement de la République de Chine. Ou encore ce responsable local de la provinces du Yunnan au sud-ouest de la Chine, région montagneuse aux faibles conditions de transports, qui s’est « jeté dans la lutte » pour sortir 993 ménages et 3941 habitants de la pauvreté entre 2014 et 2017. Tous ces efforts demandent de la constance. Ainsi « la Chine sera pleine de force si la jeunesse chinoise est forte ». Comme ce jeune homme de 19 ans qui a obtenu la médaille d’or dans le champ de « l’installation de machine industrielle » au 44è Concours mondial des compétences à Abu Dhabi. Lui qui rêve de devenir « un technicien de classe mondiale » ne ménage pas ses efforts pour apprendre l’Allemand et espérer un jour y étudier « la fabrication intelligente ». Rang auquel est parvenu ce joueur de foot qui après avoir marqué de nombreux buts en ligue et équipe nationales, « sur-performant » de nombreux joueurs internationaux, a été recruté en Europe et grâce à sa persistance, poursuit ses rêves de carrière loin de son pays natal.

Accueil entrée
Accueil avec modernité et tradition

Comme eux, nous sommes alors invités à « ne jamais ralentir le chemin vers nos rêves ». Et pour parvenir à de tels résultats, il n’y a pas de moindre effort ni de limite aux moyens de la réussite. C’est sans doute en partie ce qui explique l’énergie déployée pour se frayer une place dans les rames des transports matinaux. En ces périodes de pointe, l’individu cherche coûte que coûte à se fondre dans la masse. Dans ces compartiments où la densité peut facilement dépasser les 5 personnes/m2(1), chaque partie de votre corps est en contact avec un-e voisin-e. L’expression de corps social prend alors tout son sens, littéralement. L’intimité se dissout dans la collectivité. Chacun de ses occupants, tel un organe, en devient un membre à part entière et il faut composer avec cet ensemble compact pour y pénétrer comme s’en extraire, usant de toute les tactiques et stratégies, aussi vigoureuses soit-elles.

Ce dévouement individuel trouve son apogée dans les félicitations obtenues par les employés exemplaires. Chaque mois, au cours de réunion générale, des bonus sont distribués accompagnés de vagues d’applaudissements dans des petites enveloppes rouges, paquets de don d’argent traditionnels, pour récompenser les meilleurs états de services. De quoi renforcer la motivation à poursuivre ce travail pour des institutions majeures et des projets d’envergure, dont nous sommes désormais partie prenante.

(1) Voir à ce sujet les travaux de recherche de Mehdi Moussaid sur la fouloscopie.