Pris de court

Alors que nous peaufinons les derniers détails de sa mise en page, ne sachant choisir pour la couverture entre une photo pleine page ou un fond de couleur agrémenté de formes géométriques, le rapport de mobilité destiné à Créatic nous a amené à retranscrire en plus d’une trentaine de pages les trois premiers mois qui viennent de s’écouler. Tant d’informations à mettre à plat pour expliquer la richesse de cette expérience, si peu de mots assez puissants pour illustrer tout ce que nous avons vécu. Se remémorer toutes les découvertes et rencontres, rechercher des informations complémentaires, structurer sa pensée et sa rédaction sont donc les dernières activités en date à insérer dans nos journées, si bien décrites par Thibéry la semaine dernière. Alors que certains semblent maîtriser l’exercice au point d’écrire plus vite que leur ombre, pour d’autres (pour ma part), la rédaction reste toujours aussi laborieuse, bien que nous vous écrivions chacun une fois par semaine depuis notre arrivée.

Effectuer l’ensemble des recherches pour répondre aux besoins de ces deux exercices universitaires, nous a donc amené à replonger dans le contenu déjà publié. C’est ainsi qu’une terrible découverte a été faite. Focalisés sur nos expériences humaines, nos rencontres, nos voyages, nous avons oublié d’aborder avec plus de détails le thème le plus évident : le fonctionnement de l’université chinoise.

Depuis quelques jours déjà, nous pouvons sentir l’effervescence qui anime le campus en cette période d’examen. Devant les bâtiments, des rangées d’élèves, (pour certains les feuilles de cours à la main), font la queue pour accéder aux salles de classe. Il semblerait que les révisions de dernières minutes soient donc une caractéristique universelle de l’étudiant.  Que ce soit en semaine ou durant le week-end, ils sont donc prêts à dégainer leur plus beau stylo afin de valider leur semestre. Ici, les cours ne se stoppent pas le vendredi soir mais continue également le week-end laissant donc la possibilité de passer son épreuve d’anglais à huit heures, dimanche matin, pour le plus grand plaisir des étudiants.

Au sein des départements d’art et design et de nouveau médias, auxquels nous avons affectés et qui se rapprochent le plus de nos domaines d’études respectifs, nos anciens camarades de classe n’ont pas la chance d’avoir uniquement des épreuves de rédaction en ligne ou hors ligne. En effet, tout au long de leur semestre, c’est avec des travaux de groupe et des présentations orales qu’ils s’imaginent atteindre la note maximale de 100 points. Si, malheureusement, à la suite de trop nombreux mauvais résultats l’un d’entre eux ne valide pas son année, il ne redouble pas et accède tout de même au niveau supérieur, tout en s’engageant à rattraper ses échecs. En effet, après avoir réussi l’examen d’entrée de l’université, après avoir obtenu l’une des 400 places disponibles pour un nombre de 20 000 candidats, après avoir vécu six mois à un an de formation intensive en arts, l’étudiant possède tout de même un petit parachute en cas de difficulté.

Bien entendu, les quatre années de cours en licence, et les trois ans en master ne semblent pas être suffisants pour donner aux étudiants les armes nécessaires pour intégrer le marché professionnel. C’est pourquoi chacun d’entre eux se doit de choisir après leur examen d’entrée en master un professeur qui aura le rôle de guide/coach de vie/instructeur/patron. En plus de lui apporter un soutien moral et de le guider dans ses choix universitaires, il lui donne des travaux supplémentaires issus de sa propre activité. Aux côtés de la demi-douzaine d’autres camarades qui ont également choisi le même formateur, l’étudiant doit alors réaliser différentes missions pouvant quelques fois l’amener à travailler à un rythme intensif comme c’est le cas pour nos guides en ce moment. Rassemblés dans une salle de classe sur des plages horaires supérieures à douze heures, ils doivent gérer entre leurs révisions, leurs rendus de projets et ces nouvelles missions professionnelles. N’étant pas lié à leurs résultats scolaires, ce travail ne reste qu’une occupation secondaire, qui semble pourtant prendre une part très importante dans leur rythme de vie. Les étudiants se doivent d’être constamment disponibles pour répondre aux demandes de leur formateur, les amenant à faire des concessions au niveau de leur vie personnelle. Semblant aux premiers abords être comparable au responsable de mémoire attribué aux étudiants de master, la réalité en est donc bien éloignée.

Cette année riche en émotion se termine au plus tard la semaine prochaine pour les plus malchanceux. La vie du campus, déjà ponctuée des premières cérémonies de remise des diplômes, ralentira jusqu’à s’arrêter le temps des longues vacances d’été. Progressivement, nos amis quitteront le campus pour ne le retrouver qu’à la fin du mois d’aout.