Portraits

Avez vous terminé de croquer les scènes de votre environnement pendant cette semaine ? Alors il est temps de rentrer rassembler nos notes, esquisses et autre coups de crayon pris à la volée. Et à cette occasion nous allons faire davantage connaissance avec Shui, qui organisait l’événement au Qspace, lieu de rassemblement de communautés de makers, ouvert à toutes les diversités et qui se focalise principalement sur l’émancipation des femmes et des populations LGBTQ+.

Avec ses dessins, Shui jongle entre les statuts d’illustratrice, graphiste et artiste. Mais elle développe en particulier une pratique qu’elle a fréquemment vue en Europe, et plus particulièrement à Londres : le reportage graphique. Si elle regrette que ce ne soit pas plus répandu à Pékin, il n’en reste pas moins que nous avons croisé ses œuvres à de nombreuses reprises. Et ce, sans le savoir encore, avant même ce workshop auquel vous avez pris part la semaine dernière et où vous avez pu vous familiarisez comme une vingtaine de personnes, au dessin en direct, dans la lignée des Franklin McMahon (1921-2012), George Butler, Lucinda Rogers ou encore Olivier Kugler et Phoebe Halstead dont elle nous a présenté les travaux en introduction.

En effet, lors d’une de nos premières visites d’exposition, dans la pièce voisine d’un bar, projetées sur un mur, plusieurs dessins de silhouettes, tracées en noir sur des fonds de couleur, composaient une animation. Sans le savoir, nous venions de découvrir le travail de Shui.

Silhouettes en mouvement
Silhouettes animées de l’artiste Shui

Plus tard, nous allions trouver ses fanzines au centre d’art aotu space parmi les nombreux livres d’artistes en consultation, sur le grand comptoir du bar qui longe l’entrée. Et toujours dans ce lieu riche de création artistique, lors des soirées « Shining dimensions » où tous les vendredis, des musiciens, danseurs et dessinateurs y mêlent leur pratique et où Shui projetait en direct ses dessins grâce à une application spécifique sur tablette.
Ces nombreuses occasions nous permettaient déjà de voir son travail à maintes reprises. Il allait en être de même en dehors des lieux dédiés, dans la rue, lorsque marchant à ses côtés, elle s’arrêta soudainement pour nous montrer une devanture de restaurant qu’elle avait entièrement décorée.

De quoi penser que son travail est suffisamment reconnu pour lui permettre d’en vivre. Notamment par le biais de ces commandes. Mais en réalité, comme pour beaucoup d’artistes indépendants à travers le monde, l’envers du décor cache une toute autre réalité.

Un peu comme l’affiche de ce salon auquel elle participait, qui annonçait un concept original de « goût d’été » rassemblant vente de boissons, produits fermiers, art et musique. Nous nous apprêtions en effet à la retrouver dans une ambiance champêtre et conviviale, parmi les exposants vendant aussi bien des créations artistiques, bijoux, photos que des produits de fermiers locaux.
Mais une fois arrivés sur place, dans le restaurant du 3è étage d’un hôtel aussi interminable en hauteur que luxueux à l’intérieur, la situation se révélait bien différente. Ses livrets, cartes et posters dessinés à la main et colorisés sur ordinateur s’y trouvaient bien, mais les participants eux, hormis les connaissances et les clients de l’hôtel, étaient bien trop peu nombreux pour rendre la journée intéressante.
Et si Shui y participait c’est que son activité d’artiste n’est pas suffisante pour subvenir à ses besoins. Elle qui travaille à côté en tant que graphiste en agence, multiplie les initiatives pour développer sa propre activité. Non sans faire face aux difficultés inhérentes au métier de créateur. Devoir (se) vendre, avec son style propre, en négociant des tarifs à juste prix, le tout en parallèle d’un emploi à temps plein.

Mais à la différence de cet événement, les dessins de Shui tiennent leur promesse, eux. Principalement des portraits, accompagnés parfois de mots clés attrapés à la volée pendant la rencontre, pour présenter des artistes, pour rendre compte d’un événement où pour immortaliser des transformations de lieux. Ses tracés spontanés, vibrants et assurés à la fois, immortalisent des histoires qui ressurgissent instantanément au moment où elle s’apprête à vous les céder, pour des sommes modiques (voire même dérisoires) quand elle ne vous les offre pas même tout bonnement.

Une générosité qui, couplée à ses nombreux efforts, nous l’espérons, l’aidera très prochainement à franchir le cap de l’émancipation grâce à son art. Et pour cela, avis aux amateurs, nous sommes sur place encore suffisamment longtemps pour vous rapporter quelques unes de ses œuvres originales, dont voici un échantillon ci-dessous.

Dessins de Shui (HITW)