Comment s’écrit un article sur la visite du Palais d’été ?

Sounds of Beijing -> Voir plus bas.

Puisque nous continuons de découvrir de nouveaux lieux pékinois grâce à nos amis locaux, notre vivier d’articles continue à se renouveler sans interruption. Nous pourrions donc nous contenter de vous délivrer des galeries photo aussi authentiques que grises des rues de Beijing, ou vous glisser discrètement un coloriage magique pour fuir nos obligations ; mais ce serait vraiment trop facile. Et chez les compagnons CréaTic d’outre-Oural, la facilité on la repousse autant que l’idée du retour !
Découvrez donc un saut en immersion dans le processus d’écriture de nos articles.

Etape 1 : La recherche du thème.

Pour avoir un bon article, il faut avant tout une bonne histoire à raconter. Exit les envies de dissertations sur des sujets de fond qui n’intéressent que nous. Au diable les récits rocambolesques de nos soirées au Mojito Man de Sanlitun (rien à voir avec l’autre, celle-ci est une librairie de poésie gréco-romaine). Il nous faut un récit percutant et qui fait rêver les innombrables lecteurs de ce blog. Pour le bien de l’article nous hésiterons donc assez peu entre l’envie de vous communiquer notre nouvelle passion pour les rideaux de douche, et le désir de partager avec nous notre incroyable visite du Palais d’été. En route pour la prochaine étape !

Étape 2 : Le titre

On ne le répète jamais assez, pour donner envie au lecteur de lire votre article, il faut absolument trouver le titre idoine. Qu’on soit sur le point d’écrire une odyssée dominicale en alexandrins ou qu’on se prépare à livrer ses introspections au sujet du retour, avoir un bon titre est primordial. Drôle, catchy, équivoque et percutant, nous redoublons d’audace pour trouver les quelques mots qui feront saliver nos fidèles lecteurs. Et dans cet art-là, Kim n’a aucun concurrent ! C’est donc vers elle que nous allons nous tourner après 25 minutes de face à face avec la feuille blanche du document Word que nous venons d’ouvrir.

"Ta 1 ID 2 titr pr mn hartik sul Summer Palace plz ?".

Un message simple en apparence mais qui fera comprendre à notre Terrifortaine préférée toute la détresse dans laquelle nous nous trouvons. Son grand cœur la fera d’ailleurs rapidement descendre d’un étage pour nous prêter main forte. Il ne lui faudra que sept minutes pour faire mouche : « Le palais d’été, c’est pas laid et c’est l’été ». Simple. Efficace. Net et sans bavure.

Etape 3 : La musique de la semaine

Avec un tel atout dans notre jeu, on peut dire que le gros du travail a déjà été fait. Il s’agit désormais d’enfoncer le clou et de se montrer à la hauteur du titre racoleur qui trône en haut de la page. Véritable rendez-vous hebdomadaire du tout-Paris, les Sounds of Beijing sont un des facteurs qui justifient la nomination du site de CréaTic parmi les inspirations de Mac Miller pour son prochain album. Il est donc impératif de dénicher une petite pépite de derrière les fagots qui fera danser la veuve, l’orphelin, le coq et l’âne. Pour cela, quoi de mieux qu’un flash-back de la semaine écoulée pour se remémorer les chansons qui ont rythmées notre train-train quotidien ? Et qui dispose des archives de la semaine précédente ? Thi-bé-ri !

Il est donc temps de congédier Kim, qui a encore son rapport de mobilité à finir et d’autres chats à fouetter (aucun animal n’a évidemment été maltraité durant l’écriture de cet article, les félins en question ont été bouillis avant qu’elle ne les lacère), et de rappeler le troisième larron qui travaille sur un projet de sculpture en pâte à sel assistée par ordinateur.

À peine la porte de son espace vital franchie (c’est une image puisque son espace vital se résume à un lit et une moitié de bureau), l’alchimiste du trio nous accueille par une énigme :

« – J’ai quatre pattes le matin, deux le mid…
– Oui c’est l’homme, tu me l’as déjà demandé hier Thib. T’aurais pas des vidéos de la semaine passée à me filer ? »

Dans un grand râle, il se décide alors à nous fournir les précieuses bandes et nous voilà en possession des 96 heures de rush filmées au cours de la semaine précédente. Il nous faudra sept heures pour éplucher le tout et trouver enfin LA chanson qui nous a fait vibrer. En l’occurrence, cette semaine-là c’est une des œuvres majeures du XXIe siècle qui nous est resté en tête : la dernière reprise du mystérieux et suave Chakra X3, pressenti pour représenter la Colombie à l’Eurovision 2020 !

Etape 4 : L’introduction

Les obstacles tombent uns à uns et nous progressons à vue d’œil dans notre rédaction. Reste le plus important : l’écriture en elle-même ! Nous nous lançons donc dans l’amorce, qui va servir à contextualiser et à introduire le lecteur dans notre quotidien pékinois. Pour cela pas de fioritures, un style simple et concis fera l’affaire. Sept minutes plus tard, l’introduction est terminée et se distingue par sa sobriété. En voici un extrait :

 » Véritable quintessence de la délicatesse de la beauté orientale, le stellaire temple de Buddha du  Parc du Palais d’été se distingue tant par son admirable et mirobolant enchevêtrement de fenêtres merveilleusement percées de dentelles traditionnelles, que par son inimitable perron surplombant la ville, qui comme le décrétait placidement Confucius lors de l’écriture du troisième volet de ses célèbres Palabres, ne ferait pas d’ombre à un enfant venu y chercher refuge, mais pourrait faire pâlir le Taj Mahal tant sa beauté éclipse celle de son cousin indien. Toutefois, l’esthétique divine de ladite balustrade doit autant sa renommée à la fascination qu’elle suscite auprès des balconistes venus du monde entier qu’à la fine et quasiment invisible nervure qui la serpente de Charybde en Scylla : sur 18 pouces ininterrompus, on peut distinguer une minuscule ligne irrégulière de couleur émeraudée qui brille à la lueur incandescente du matin estival par lequel notre compagnie a pris d’assaut le mont de Buddha. »

Etape 5 : Le corps du texte (ceci est mon encre)

Voici venu le temps de l’écriture. Il s’agit de transmettre aux fidèles lecteurs le récit de nos exploits de la journée en prenant soin de mettre en valeur les détails qui nous ont plus. Attention également à ne pas trop s’étendre puisque, selon certaines critiques sans doute jalouses de notre talent inné, 8 pages de texte pour un article de blog, c’est beaucoup trop. Ainsi, sonnant et trébuchant, il est temps d’offrir la substantifique moelle de notre récit.

« C’était sympa. »

Etape 6 : La conclusion

Place désormais à la « concl’ », comme on l’appelle dans le jargon (c’est faux, même en école de commerce ils disent pas ça). Pour bien finir un article,  il faut donc un petit résumé des grandes lignes abordées précédemment. Evidemment, comme personne ne lit jusqu’au bout, c’est aussi le moment idéal pour glisser des dédicaces : « Six-neuf la trik, toi-même tu connais » ; « Wesh Retournac, on lâche rien » ; « Big up au club d’échec de Marcel Pagnol, merci pour la finale gagnée en 2005″ ; etc. Nous nous retrouvons donc avec sept lignes qui retracent notre balade au bord du lac, la vue du haut du temple, le soleil qui perce les branches des allées de saule ; le tout ponctué de private-jokes que même les principaux concernés ne saisiront pas.

Etape 7 : La contrainte

Si vous faites partie des habitués de ce blog, vous êtes sans doute au fait de nos galéjades hebdomadaires : pour pimenter notre quotidien morne et empreint de solitude, nous aimons imposer des contraintes à nos compagnons d’une semaine sur l’autre. Kim s’est par exemple particulièrement distinguée dans l’exercice ★ulipien du premier juin 2019, alors que Thibéry a redoublé d’ingéniosité pour ruiner notre trilogie des premières dynasties. À qui va donc s’adresser la prochaine règle ? Un colombien qui n’a pas publié son article de la semaine ? Une aventureuse ivoirienne en vadrouille avec son guide Mamadou ? Un compagnon chinois au carré plongeant emblématique ?

Bingo ! Puisqu’on n’est jamais mieux servi que par soi-même, imposons-nous nos propres contraintes ! Et quoi de pire qu’un article au premier degré pour le « Petit prince de la raille » (selon ma maman) ? Hâte de voir à quoi ressemblera le premier article sérieux du mercredi 16 heure. Ne ratez surtout pas ce rendez-vous !

Etape 8 : Les regrets

Voilà votre article bouclé, corrigé et programmé. Il ne reste plus qu’à attendre le jour J pour enfin découvrir le fruit de notre travail diffusé sur les réseaux. Mais ce temps d’attente est également la porte ouverte à toutes sortes de regrets : Cette blague au sujet des élections était sans doute de mauvais goût ! Je n’aurais pas dû humilier mon rival en mettant sa tête partout ! Pourquoi ai-je accepté de goûter cette bouillie verte à midi à la cantine ? Il est bien sûr normal de regretter certaines choses dans la vie. Pour autant n’oubliez pas de croire en vous et d’activer votre Boss Mindset. De toute façon les dés sont déjà jetés : il ne vous reste plus qu’à cliquer sur « publier » et attendre patiemment le prochain mail de votre fan-club.

Bonne semaine !