Les transports en commun

« Le visiteur débarquant pour la première fois à Abidjan est immédiatement happé par la chaleur moite de l’atmosphère, lui rappelant qu’il est sous les tropiques. Il suffoque à la vue d’une circulation anarchique ; les conducteurs au gré de leur humeur, disputent les trottoirs aux passants, délaissant la chaussée encombrée qu’essaient de rendre propre des braves balayeuses qui n’en peuvent plus. Le spectacle continue avec les vendeurs ambulants se faufilant entre les véhicules, les bras chargés de marchandises de toutes origines et de toutes sortes, respirant comme tout le monde, la pollution de l’air occasionnée par des véhicules d’un autre âge. »
LSGG lors de l’exposition Street Vendors de l’artiste Yseult (YZ) Digan.

Les articles des journaux et de blog n’en finissent pas de critiquer la conduite des chauffeurs et pour cause, les accidents sont nombreux. Se déplacer tous les jours pour rejoindre son lieu de travail relève du parcours du combattant.

Les wôro wôro
Les taxis compteur étant très cher, tout le monde utilise les taxis communaux partagés « wôro wôro ». Il faut se résoudre à des queues interminables dans les stations de taxi, des chauffeurs qui refusent de vous prendre parce que vous n’avez pas la monnaie et une chaleur accablante sous un soleil de plomb dès 8 h du matin. De quoi faire passer la ligne 13 du métro parisien pour confortable.
À cela se rajoute pour les non-initiés la difficulté de trouver  sa station.
Poco, Pétro, Pharmacie 7eme tranche, sont les noms des stations des wôro wôro. Inutile de chercher sur google map, vous ne trouverez pas ces endroits.
Ce sont des noms de lieux connus de tous les habitants, dont l’origine est plus ou moins récente. Par exemple, tout le monde sait que Poco est l’endroit rue des jardins à Cocody où le promoteur Mr Poco a construit plusieurs magasins… Si l’on n’utilise pas ce vocabulaire, le chauffeur ne comprend pas, ce qui occasionne de longue discussion et ça, le chauffeur de wôro wôro n’aime pas. Car je ne sais pour quelle raison, les chauffeurs de taxi sont extrêmement pressés. Comme il y a énormément de voitures et d’embouteillages, ceux-ci empruntent les moindres espaces vides, bandes d’arrêt d’urgence, trottoirs, terre-plein central. Évidemment, les accidents sont nombreux. Certains se risquent en deux roues, ceux-là relèvent du miracle.

Les gbaka

GBICH! N°1013 du 11 au 17 avril 2019

Une fois les taxis partagés maîtrisés, si l’on veut sortir des communes qui composent Abidjan (Cocody, Plateau, Marcory, Yopougon, Adjamé et Treichville) on peut s’essayer au « gbaka », ce sont des minibus (2e main ne pour pas dire 10e) qui desservent les grands axes et les villes aux alentours d’Abidjan. Il faut demander conseil pour connaître la destination, le prix. Les apprentis sont là pour ça, ils vous interpellent avec plus ou moins d’agressivité, de cris et de gesticulations pour attirer votre attention. Mais bon, ça passe. Ensuite, on croise les doigts pour arriver à destination sans encombre. Les appentis « facilitent » l’entrée et la sortie des passagers criant et tapant sur le véhicule. Ils restent debout durant tout le trajet, sur le pas de la porte, pour pouvoir interpeller en « tchipant » les potentiels clients qui attendent sur le bord de la route. Quelle que soit la vitesse du véhicule, ils sont debout en équilibre, se tenant d’une main, l’autre remplie de billets que les passagers ont donné pour le transport.
Pour illustration, voici la première page d’un journal local de cette semaine. Tout est dit.

Et puis j’ai découvert l’application Yango, une sorte d’Uber avec presque exclusivement des taxis compteurs. L’application permet de connaître le prix d’une course, de calculer son itinéraire, en alliant transport en commun et taxi compteur. Bref, c’est l’application indispensable pour se déplacer à Abidjan.

Je parlerais bien des bus, qui sont très bien, mais tellement rares. Donc à moins d’avoir 45 mn devant soi, et d’avoir le courage d’attendre sous 32°c, ce n’est pas réellement une option.

Quand je discute autour de moi de la difficulté des transports en commun, tout le monde s’accorde à dire que c’est l’enfer. Donc dès qu’ils le peuvent, les habitants d’Abidjan achètent une voiture. Ce qui engorge encore plus les routes. La bonne nouvelle, c’est que le métro arrive, en 2021, tout le monde l’attend avec impatience. Les doutes sont nombreux sur l’aboutissement du projet, mais ça, c’est une autre histoire.