Les routes sauvages

La troisième semaine d’or

Cette semaine, nous quittons la zone industrielle de Wuluju, lieu immanquable de Pékin, comme Raphaël a pu l’expliquer mercredi, pour redécouvrir le paisible quartier de Dashing, où prend place le campus de BIGC. Comme en France, le 1er Mai est un jour férié en Chine, laissant le temps aux travailleurs de profiter de leur famille sous la chaleur naissante. Par chance, il s’accompagne de deux autres jours supplémentaires accordés par l’État, ainsi que d’un week-end, créant une véritable semaine de congé. Autrefois considérée comme la troisième semaine dorée (semaine annuelle de congé), elle nous permet de retrouver le rythme du premier mois, ponctué d’activités et de découvertes, loin des bains de foule journaliers.

Ces quelques jours de repos sont donc l’occasion de voyager et de découvrir des destinations lointaines (tout du moins, pour des personnes organisées et prévoyantes). Par malchance (ou mauvaise gestion du temps), nous avons constaté que les trains chinois ne voyagent que très rarement à moitié vide, entrainant donc rapidement une rupture des tickets pour les destinations proches comme lointaines. Ne pouvant partir à la conquête de nouveaux territoires, nous nous rabattons sur les environs pékinois, qui restent tout de même grandement satisfaisants.

Le début d’une aventure

Après les parcs, les palaces, les temples, les centres commerciaux, la nourriture, la boisson, les transports, ou encore les effets de parallaxe, il est temps de laisser place à un des éléments phares de la Chine : la Grande Muraille. Construite sur près de deux millénaires, elle impressionne tant par son âge que par sa taille. En plein congé national, ce monument est le plus prisé par les touristes, qu’ils soient chinois ou étrangers.

En parcourant les blogs et forums, les récits des voyageurs nous apprennent qu’il est possible de se détacher du bain de foule pour savourer le silence de la nature. Bien loin du touriste modèle, nous nous sommes donc embarqués dans un trajet de quatre heures, mêlant métro, bus et taxi pékinois pour fouler ces pierres qui ont traversé le temps.

Le taxi, lieu de rencontre pour voyageurs exigeants

Les voyages sont souvent l’occasion de rencontrer de nouvelles personnes et c’est à partir de Huairou, ville voisine de Pékin, que nous avons trouvé nos compagnons de route : Nicolas et Alice, un jeune couple parisien avides de voyages et d’aventures. Du petit village en bas de Jiankou, une partie des plus sauvages de la muraille, en passant par Mutianyu, une section plus touristique, jusqu’à la ligne 15 du métro pékinois, nous avons suivi leurs conseils (et leur route).

Eux, munis d’un carnet de voyage, de Biseptine et compresses, de plans imprimés, et bien décidés à rentrer avec le dernier bus. Nous, armés de bouteilles d’eau et du petit-déjeuner de la cantine, de nos plus belles tenues de sport et songeant encore à prendre la mauvaise route et dormir sur la muraille. Ensemble, nous étions déterminés à nous extirper de la zone habituelle pour visiter la partie non-rénovée de la muraille.

En haut, à gauche.

Pour arriver à la tour de Jiankou, il est nécessaire de parcourir les chemins de terre et de pierre au cœur de la forêt. Pour guider les visiteurs dans les endroits plus difficiles, les arbres portent à leurs branches de petits rubans rouges tandis que les pierres sont ornées de flèches bleues. L’accès à la muraille se fait grâce aux paysans qui aménagent une échelle en entassant des pierres au pied du mur, en échange de la modique somme de cinq Yuans (WeChat accepté, même au sommet).

Là-haut, le silence est d’or. Seuls résonnent nos pas et nos quelques paroles, entrecoupés par nos essoufflements. Nos regards se perdent à l’horizon, entre les cimes et le ciel, entre les crêtes escarpées et les escaliers vertigineux. Des arbres aux feuilles vertes, mouvants au grès du vent, recouvrent les montagnes qui s’étendent à perte de vue. Sur quelques pointes, parmi la roche blanche éclairée par la lumière du soleil, les tours en nid d’aigle trônent majestueusement. À d’autres endroits, la nature a repris son droit et recouvre de végétation la plus grande construction humaine. Le chemin n’est pas simple : sa largeur varie entre un et sept mètres, entre terre et pavé, entre touffes d’herbes et arbres. Ardues, les pentes nous forcent à nous agripper aux murs comme à des prises d’escalade. De tours en tours, nous croisons d’autres valeureux randonneurs aux sourires amicaux. Ils sont seuls ou en groupe, enfants ou grands-parents et se délectent de ce sentiment de liberté.

De valeureux vendeurs ambulants nous accostent : « Nǐhǎo, Fresh beer, Cola ? ». Après plusieurs heures de marche, nous quittons notre solitude et rejoignons alors la cohue touristique. Périphérique, taxi métro, la nuit sur la muraille sera pour une prochaine fois.

Randonnée sur la muraille non-rénovée
Randonnée sur la muraille non-rénovée