Le fantôme de Colombie : partie 1

Malheureusement, chaque pays possède une part sombre de son histoire, qu’il préfèrerait oublier. Et pour ma part, je ne pouvais pas venir dans un pays, dont l’histoire est presque plus célèbre que ses paysages, sans questionner la place qu’a celle-ci dans la mémoire de ses habitants, et plus précisément, ceux de Medellin.

Les faits se sont passés dans les années 80/90, et pourtant ici, c’est comme si c’était hier. Cette histoire marquante de la Colombie est encore aujourd’hui, l’objet de nombreux films et séries, notamment sur Netflix, fascinant toujours autant des touristes du monde entier. 
Comme un fantôme qui ne veut pas partir et que ses habitants peinent à chasser, Pablo Escobar aura su laisser sa trace (blanche) aussi bien dans les esprits que dans les rues.

Les récits créés autour de cette histoire, ont suscité un engouement auprès des étrangers, qui ne plait pas aux colombiens. C’est pourquoi, au cours de mon séjour, j’ai eu l’occasion d’interroger plusieurs personnes sur ce sujet, dont un, vivant à Medellin, afin de connaître la place qu’a pris cette histoire, dans leur mémoire.

Tout d’abord, rappelons brièvement les faits.
Pablo Escobar, né à Medellin, est le plus célèbre des trafiquants de drogue. Il a été et est encore aujourd’hui, le plus riche criminel au monde avec une fortune de près de 60 milliards de dollars, faisant de lui, l’un des hommes les plus riches au monde à cette époque.
Dans les années 80, il a permis l’exportation mensuelle de 70 à 80 tonnes de cocaïne, notamment grâce à la corruption. Il a également été à la tête de nombreux meurtres et attentats, avec près de 20 000 personnes mortes sous son commandement.
Il sera tué en 1993 à l’âge de 44 ans et aujourd’hui, la Colombie reste encore le premier pays exportateur de Cocaïne au monde.

Narcos.
Je vous parlais au-dessus, de films et séries qui traitaient sur ce sujet. Pour ma part, j’ai commencé, dès mon arrivée sur le territoire, la série à succès « Narcos » sur Netflix, qui parle comme son nom l’indique, des narco-trafiquants, et particulièrement d’un : Pablo. Ok j’avoue, c’est un peu cliché mais elle est franchement bien !
D’ailleurs, si je vous la recommande fortement, tant pour son intrigue que son esthétisme, il n’en serait sans doute pas le cas pour les colombiens.
Selon eux, cette série dresse un portrait bien trop flatteur du narco-trafiquant. Ils ont peur que dans l’esprit du public, pour le cas de Pablo Escobar, celui-ci passe d’une personnalité réelle, à un personnage de fiction, laissant de côté toute la souffrance qu’il a causé. Et il est vrai. « Narcos » est bel et bien une série basée sur des faits réels, mais qui néanmoins, précise avoir apporté des modifications à l’histoire, pour le bien de la série. Or, pour de nombreux spectateurs, cette nuance entre les faits réels et ceux étant fictifs, fait l’objet de nombreux amalgames, conduisant alors tous les adeptes de cette série, à éprouver de la compassion pour cet individu, et parfois même, de l’admiration. 

Dans la prochaine partie, nous verrons l’impact qu’engendre cet engouement, sur la mémoire du pays et les raisons précises les poussant à boycotter cette série. 

EXPRESSION DU JOUR

« ¿Plata o plomo? »
Signifiant « L’argent ou le plomb ? » : expression connue des narcose-trafiquants de l’époque, qui expliquait que le représentant de l’autorité ciblé n’a d’autre choix que d’être corrompu ou d’être abattu.