La ville préférée des chinois

Sounds of Beijing Shanghai -> Chaque mercredi, nous vous proposons la musique qui a rythmé notre semaine afin que vous puissiez l’écouter en lisant nos chroniques, et ainsi vous plonger dans nos aventures. Cette semaine, petite entorse à la règle puisque nous avons passé le week-end en vadrouille. Nous vous laissons donc profiter d’une tranche de vendredi ensoleillé au Parc du Peuple de Shanghai. L’instrument utilisé par le musicien en herbe s’appelle un Nu Ze et la chanson entonnée par la promeneuse n’a pas de nom précis. C’est apparemment un chant traditionnel connu de tous puisque les passant se joignaient volontiers à elle pour quelques notes.

En bons pékinois que nous sommes devenus, il nous fallait quitter la ville pour se mettre au vert le temps d’un week-end. Nous nous sommes donc rendu en province pour passer quelques jours dans la capitale économique chinoise (et accessoirement plus grande ville du monde) : Shanghai. Comme Thibéry l’a évoqué dans son article de lundi (qu’on est pas encore tout à fait sûrs d’avoir compris), ce voyage fut une bonne issue à notre premier mois de séjour. Entre vertiges au pied des buildings shanghaïens et frissons de voir le temps passer si vite, cette parenthèse fut intense sur beaucoup d’aspects. Et même si Pékin reste notre ville de cœur, notre « jia », Shanghai est sans conteste la ville idéale pour un week-end ou des vacances. Ce n’est pas pour rien qu’on la surnomme « La ville préférée des Chinois ».

La perle de l’Orient

D’abord c’est la taille qui saute aux yeux. Immense. Difficile d’imaginer que cette ville qui est aujourd’hui la plus peuplée du Monde (intramuros) avec plus de 25 millions d’habitants,  fut un jour un simple village de pécheurs. Pourtant c’est de là qu’elle tient son nom : « Shàng hǎi », littéralement « au-dessus » et « la mer ». Et c’est bel et bien une mer historique qui sépare la rive ouest du fleuve qui traverse la ville, le Huangpu ; de la rive est occupée jusqu’en 1990 par des terres agricoles. Oui, vous avez bien lu, l’hyper-centre économique de la première puissance mondiale était occupé par des champs il y a encore 30 ans. C’est ça la Chine.

Tropical Paradise

Mais c’est avant tout la rive ouest qui nous intéresse, puisque c’est dans un des vieux quartiers de la ville que nous prenons nos marques en arrivant. Il faut entrer dans le réseau de ruelles intérieures pour accéder aux 15m2 qui nous serviront de camp de base pour le week-end à venir. Grace à nos capacités hors-normes dans la langue de Confucius (et un tout petit peu à internet) nous trouvons assez facilement le logement. C’est là que commence notre immersion totale dans la nébuleuse orientale. Ici, pas de touristes, pas d’anglophones, juste nos deux minuscules étages rénovés et peints en rose.

The Bund

Le grand avantage de notre logement (au-delà de son caractère [a]typique) c’est son positionnement dans la ville ; à 5 minutes à pieds du plus beau panorama de Shanghai : le Bund. C’est également l’attraction touristique principale de la ville et des myriades de touristes redoublent de créativité pour prendre leurs photos des plus célèbres buildings de Chine. Nous ne dérogeons pas à la règle et nous voilà partis pour une balade de trois kilomètres sur le quai parfaitement aménagé. Une fois les tours photographiées, nos réseaux sociaux nourris et la mémoire de nos téléphones surchargée, nous changeons de quartier pour nous perdre dans les rues du centre où nous tombons nez-à-nez avec le Yuyuan Gongyuan. Cet espace encastré entre des maisons anciennes et des rues commerçantes était auparavant un parc dans lequel se dressaient une vingtaine de pavillons ainsi qu’un lac au milieu duquel trônait la plus célèbre maison de thé du Monde (en même temps on en connait pas beaucoup d’autres) : la maison Huxingting. Désormais, le quartier ressemble plus à un centre commercial qu’à un lieu de méditation et les ponts en zig-zag qui ont fait la renommée de la cabane sur pilotis font l’objet d’autant de photos qu’il y a de commandes passées sur Taobao chaque jour (et c’est vraiment beaucoup !). C’est sur un repas à base de brochettes pris à la sauvette dans la rue que nous concluons alors notre journée en regagnant notre logement, tout en s’assurant de passer par l’énorme et bondée Nanjing Road, une sorte de Rambla bourdonnante qui nous ferait presque oublier où nous nous trouvons.

Panorama de Pudong vu du Bund

Le Paris d’Asie

C’est phrase est d’ailleurs loin d’être anodine tant Shanghai est aux antipodes du style traditionnel des autres villes chinoises. Tout semble occidentalisé, voire européanisé parfois. La faute à une partie de notre histoire de France souvent oubliée : les concessions. La ville a été jadis, et ce pendant une centaine d’années, occupée par des concessions françaises et britanniques et certains lieux en gardent encore la trace. Le deuxième jour, nous avons donc arpenté les rues bordées de platanes pour observer le duel de style entre maisons de briques rouges et immeubles de l’époque Maoïste.

Xujiahui

C’est d’ailleurs à Xuhui (le nom de ce quartier) que nous avons découvert un des derniers marchés d’électronique de Chine. Si vous vous êtes déjà demandés où atterrissaient tous les téléphones cassés et les pièces inutilisables, ne cherchez plus. Dans ce lieu, s’amoncèlent des quantités ahurissantes de composants de smartphones que des centaines de jeunes gens passent leurs journées à monter ou démonter dans une atmosphère digne d’un bar PMU fumeur. A la recherche d’un petit écran HDMI, nous avons donc fouillé les 4 étages sans succès, mais avec l’impression de faire partie d’une des dernières zones hors-radar du pays. Quelle ironie !

Pudong vertigo

La ville verticale

A l’aube du troisième et dernier jour, et après un réveil très matinal pour profiter du lever de soleil sur la skyline shanghaïenne, nous avons pris le chemin de la rive est du fleuve. Nous voulions voir de l’intérieur cette forêt de buildings qui nous semblait irréelle de l’autre rive. Et nous ne fumes pas déçus. Tout est gigantesque dans ce quartier d’affaire aussi luxueux qu’impersonnel, des centres commerciaux aux « rues », qui s’apparentent d’ailleurs plus à des autoroutes qu’à de véritables voies citadines. Evidemment, les piétons ne circulent pas au même niveau que les autos dans ce quartier : on marche sur des ponts en verre suspendus à une dizaine de mètres du sol. Le fantasme des amoureux du septième art est réel à Pudong (le nom du quartier nouveau) et on pourrait assez facilement s’imaginer croiser Bruce Willis qui tombe de son étage dans un film de Luc Besson.

La Chine laïque

Toute cette émulsion et cette diversité de styles architecturaux n’est possible que grâce au fait que Shanghai soit connue pour être une ville laïque. Si on trouve en son sein des lieux de prières en nombre, nous avons été surpris de tomber sur plusieurs églises, temples, mosquées … et même une cathédrale ! Ce n’est pas par hasard si les styles s’entrechoquent dans cette ville qui, en comparaison, ne compte pas plus d’une dizaine de temples bouddhistes. Nous avons quand même tenu à visiter le célèbre temple du Bouddha de Jade, encore en activité, dans le nord de la ville. Bien loin des strass et paillettes du temple du lama à Pékin, cet austère campus monastique sert à la formation et à la retraite des moines. Nous avons adoré nous balader sur le campus et ainsi être témoins de la vie « normale » qu’ils mènent. Ainsi, au détour d’un dortoir, on peut les voir manger, travailler, aller laver leur linge… A quelques détails près (la coupe de cheveux et la robe jaune qui déplairait tant à Karl Lagerfeld) on pourrait penser qu’ils sont eux aussi envoyés par CréaTIC !

Notre meilleure nuit

Et ce fut déjà l’heure de rentrer. Après trois jours passés dans la ville préférée des Chinois, nous avons pris le retour de la capitale à bord d’un train de nuit. Un de ces trains lents (seulement 200 km/h) et détestés par les chinois qui prend quatorze heures pour faire ce que les autres parcourent en cinq. Inutile de vous dire que pour nous la magie fut totale. Partager une pièce de 4 mètres carré avec un chinois ronflant et bedonnant, le tout bercé par les tremblements du train : le bonheur. Mais n’allez pas y voir de l’ironie mal placée ! Pouvoir profiter d’un matelas pendant une nuit et se réveiller en admirant le paysage défiler furent sans conteste deux de nos moments forts du séjour. De quoi faire le plein d’énergie avant d’entamer la phase deux du plan : le stage. Rendez-vous samedi.