La roue des séries

Nous pouvons le dire désormais, notre quotidien est bien installé. Nous sommes même proches de la routine. Car si chaque week-end, nos deux jours de relâche prennent des tournures inédites, dès le lundi, nous retrouvons des habitudes dont le rythme parfaitement huilé confère au systématisme. À tel point qu’un schéma* ne saurait mieux le traduire. Celui d’une roue crantée qui égrènerait chaque heure de nos journées dans un engrenage d’instants déterminés. Tous ? Non ! Car parmi eux, certains abritent des scènes qui, si elles se répètent inlassablement, ne sont jamais totalement les mêmes.

Schema routine 24h
Schéma de 24h de routine

Collections en cours
Ainsi de la vue matinale sur le campus qui ponctue notre réveil en irradiant la chambre de son éclairage nouveau.
Lumière qui, chaque jour, à notre passage vers la sortie, habille différemment la grande façade du bâtiment où trône les signes graphiques d’un livre surmonté d’un ancien caractère signifiant « imprimer », majestueux logo de l’école.
Entre l’entrée de la bouche de métro et les portillons d’accès aux transports, notre descente constitue un autre moment d’attente. À quelle fréquentation allons-nous contribuer ? Quelle variation de foule nos 10 minutes de battements vont-elles engendrer dans ce dédale de barrières dignes d’un parc d’attraction ?
Autant de mains qui se retrouveront ensuite arrimées sur les multiples barres métalliques agencées pour supporter les fluctuations de trajet, d’une station à l’autre, entre secousses de la carlingue et mouvements des passagers, à peine interrompus dans leurs distractions mobiles par le remous des corps.
Certain-es sont habillé-es de vêtements aux écritures latines inscrites sans souci d’ordre des lettres. À quand une collection « Lorem ipsum », fameux texte par défaut des graphistes orphelins de contenus à mettre en page ?
Quant à nous, c’est grâce à nos leçons de Chinois que nous faisons passer le trajet. En compagnie de camarades virtuels dont nous essayons de comprendre la prononciation pour écrire ensuite les phrases type utiles à notre apprentissage.
Au cours de ces nombreux déplacements, il est fréquent de croiser des personnes dans l’attente. Parfois dans une position accroupie, les talons au sol, propice à nous prodiguer des leçons d’équilibre et de souplesse.
Une fois sortis de ces réseaux souterrains, l’installation à nos postes de travail ne sera ponctuée que des quelques pauses réglementaires. C’est pourquoi nous privilégions de plus en plus le surcoût des barquettes à emporter au repas en intérieur pour déjeuner dans les alentours. Nos déchets finissent alors dans des poubelles dont chaque quartier possède son propre exemplaire, rivalisant de formes et de couleurs comme autant d’architectures spécifiques.
Une fois de retour sur notre campus, nous pouvons observer les variations d’écriture sur le panneau de la cantine où chacun renseigne ses envies de repas, non sans quelques dessins d’accompagnement.

Autant d’événements qui jalonnent le déroulé de nos automatismes et maintiennent de leur variations infimes notre attention sur les cycles de la roue des séries.

*Les quotidiens de Flaubert, Beethoven, Mozart, Thomas Mann, Freud, Kant, Balzac, Hugo ou encore Darwin, Tchaïkovsky et Le Corbusier sont schématisés sous cette forme sur le site In info we trust dont cet article reprend les creative routines.