Korhogo et les Sénoufo

Je vais clôturer ma série d’articles « culture » pour vous parler du Poro. Cet article fait suite à celui sur la reine Pokou en pays Baoulé et celui sur Man en pays Yacouba. Nous sommes aujourd’hui dans le nord du pays, la chaleur et l’humidité du bord de mer ont fait place à un air sec, moins chaud et plus supportable qu’à Abidjan. On respire !
Les voitures ont disparu et sont remplacées par des motos, sur lesquelles on monte à 2, 3, 4, etc, pour se déplacer. Les rues de Korogho sont calmes, on peut se déplacer à pied sur de grandes pistes en terre battue pour faire le tour de la ville. Les maisons n’ont pas de clôture, et donnent l’impression que tout le monde habite ensemble. On voit dans les cours des marmites mijotées sur des réchauds à bois ou à charbon. On croise de temps en temps une chèvre ou un poulet en liberté. Vous l’aurez compris, l’ambiance est très agréable.
Je suis partie tôt le matin, visiter la région avec Mamadou, qui est guide depuis plus de 15 ans, à moto bien sûr et avec deux autres personnes. Après 20 min de route, nous nous sommes arrêtés dans un champs d’anacardiers. Mamadou nous a raconté l’histoire du Poro. J’ai retranscrit l’entretien dans l’article ci-dessous, mais je vous invite à écouter l’original qui est rempli de détails que je ne peux reproduire à l’écrit. Pour le contexte, nous sommes dans la région des Sénoufos, c’est un peuple animiste, allié des Yacoubas. Toutes les ethnies n’ont pas de rites initiatiques, il est vrai que cette pratique est mystérieuse pour moi, donc je m’y suis un peu attardée, mais elle ne concerne qu’une minorité de personnes en Côte d’Ivoire. Ce qui est commun entre les ethnies, ce sont les croyances envers les esprits et les fétiches, cela produit des formes artistiques spécifiques. Souvent, sous forme de statuettes ou de masques, elles protègent le peuple. Chez les Senoufos, il y a le Calao, sorte d’oiseau, qui représente la protection, la discrétion et l’humilité avec cette statuette devant votre maison, il ne peut rien vous arriver.

Bonne écoute !

Mamadou de Korogho

« Ici, l’initiation commence très tôt, à partir de l’âge de 8 ans, 9 ans. Parce que si la famille n’a pas de garçon âgé, elle doit prendre un plus petit. L’initiation dure pendant 7 ans. Vous ne restez pas pendant 7 ans dans le bois sacré. Quand vous rentrez, vous restez 1 mois. Après vous sortez de la forêt sacrée, tête rasée, sans chaussure, à partir de ce moment vous êtes initié. Maintenant, lorsqu’il y a des funérailles dans un village, même si c’est à 30 km de votre village, c’est vous qui avez le droit de porter le masque sur le lieu des funérailles. Maintenant quand tu veux te marier, on ne te demande pas si tu as de l’argent, on demande si tu es initié. Parce que quelqu’un qui n’est pas initié, c’est quelqu’un qui ne sait pas garder un secret. Au bois sacré, on apprend plein de choses. On apprend comment il faut respecter les parents, comment faut danser pendant les funérailles. Par exemple, quand on va dans un autre village en groupe, si tu dis que tu es initié, on va te laisser un siège. Chez les Sénoufo, c’est un signe de respect, tant que tu n’es pas initié, tu n’es pas considéré comme un homme. Il y a des masques qui sont interdits, seuls les initiés ont le droit de les voir. Ici, il y a les danses panthères, que l’on fait pendant les funérailles. On apprend aussi, si quelqu’un est malade à le soigner. Après, au bout d’un mois, vous êtes libre. Enfin pas tout à fait. Parce que vous allez travailler, mais s’il y a des funérailles vous devez aller au bois sacré chercher le tam-tam pour l’amener jusqu’au village des funérailles. Au bout des 7 ans, il y a la cérémonie du Poro. L’initié est maquillé, coiffé, porte des bijoux comme une femme et il va saluer tout le monde dans le village, il chante, il danse. Cela dure une semaine. »