Depuis notre arrivée sur le territoire de Cauca, des tensions sévissent entre les populations indigènes et le gouvernement colombien.
Intrigué et impacté par cette révolution durement menée par ces ethnies de campagnes, j’ai souhaité m’entretenir avec un habitant de Popayán, lui aussi révolté par cette situation.

Il s’appelle Daniel Bucceli, il a 25 ans, né à Popayán, il a étudié le design dans la ville de Calí et s’intéresse depuis toujours, à la politique.


QU’EST-CE QU’UN INDIGÈNE ?

Daniel Bucceli : Une population est considérée comme indigène, dès lors que son arrivée sur le territoire en question, précède celle des autres peuples et colonies. Pour faire simple, les indigènes sont les premiers peuples ayant occupé la Colombie.

QU’EST-CE QUI LE CARACTÉRISE ?

DB : Tout. Ses habits principalement, ses coutumes, sa culture, ses traditions ancestrales, sa langue aussi. Il parle une langue qui lui est propre à lui mais il sait parler l’espagnol.
Les indigènes vivent hors des villes, dans les campagnes où ils adoptent un mode de vie antérieur au notre. Par exemple, pour se soigner, ils ne vont pas chez le médecin, ils utilisent des plantes.

Le 10 Mars 2019, la grande autoroute traversant tout le continent Latino-Américain (la carretera Panamericana) est bloquée au niveau du territoire de Cauca, par des groupes indigènes, exigeant la présence de Ivan Duque, le président Colombien du parti de droite, dans le sud du pays. 

QUE RÉCLAMENT-ILS AU PRÉSIDENT ?

DB :  L’inclusion des communautés ethniques dans le Plan National de Développement. Ils veulent être traité de la même manière que nous autres, citoyens de Colombie. Ils veulent une reconnaissance par l’État de leurs peuples indigènes, ils veulent être sujet à des droits, une protection des leaders des groupes*, le respect à la souveraineté…

Mais ils veulent, par-dessus tout, la présence du président Duque sur le territoire pour entamer une conversation impliquant des changements au sein du gouvernement, qui permettraient de subvenir aux priorités des peuples indigènes. Ils ne veulent personne d’autre que le président, sans quoi, ils continueront de manifester et bloquer les routes du pays.

*Chaque groupe d’indigènes, possèdent un leader. Il est la parole du peuple.

Un sentiment de déjà vu.
Comme dans tout bon remake de film, le scénario ne change pas, seuls les acteurs.
En France nous avons les Gilets Jaunes, ici, ce sont les Poncho paisa.

QUELS IMPACTS SUR L’ÉCONOMIE DU PAYS ?

DB : En bloquant la principale artère routière, reliant le centre au sud du pays, nous sommes condamnés à rester chez nous. Les transporteurs ne peuvent pas achever leurs missions.
Va voir à l’Exito (supermarché) et tu verras que de nombreux fruits et légumes n’ont pu être réapprovisionné.
D’après les infos, les pertes du pays représenteraient plus de 5 millions de pesos en 10 jours, sans compter le vandalisme qui coutera chère en rénovation.

QUELLES MESURES LE GOUVERNEMENT A-T-IL MIS EN PLACE ?

DB : Pour le moment aucunes. Le président a dit qu’il viendrait, seulement s’ils arrêtaient de fermer les routes. Mais de leur côté, les indigènes ont répondu qu’ils arrêteraient de les fermer, à condition qu’il vienne.

Un dialogue de sourd.


M o t  d u   j o u r
¡Flojos!
Surnom donné aux communautés indigènes par les habitants colombiens, signifiant « flemmards » ou « paresseux ».