Français, langue étrangère

Avant de partir en Côte d’Ivoire, je trouvais pratique que la langue officielle soit le français. Je pensais que ce serait plus simple de rencontrer du monde. Dans la vie quotidienne, pour échanger avec mes collègues, pendant le stage, je pensais que cela faciliterait mon intégration. Et en même temps un peu décevant pour le dépaysement, car tout comprendre de ce qui se dit, ne pas faire d’effort de communication, c’était moins drôle. Mais c’était sans compter sur le français africain.

Je ne l’ai pas remarqué tout de suite, les personnes de l’Institut Cerco étaient venu nous chercher à l’aéroport et nous avaient expliqué comment ça aller se passer. On était allé diner à côté de l’hôtel, je n’avais rien remarqué. C’est arrivé petit à petit, tout d’abord avec les marchands dans la rue. La première fois, lorsque j’ai acheté de l’eau, j’ai tendu mon billet au vendeur et celui-ci me dit, « y a quoi là-bas ? » Je suis restée perplexe, « là-bas, c’est-à-dire ? », il repris  » y a des jetons là-bas ? » en montrant mon porte-monnaie, au bout de quelques secondes qui m’ont parut interminables, je compris, enfin, qu’il me demandait si j’avais de la monnaie.

Puis avec les chauffeurs de taxi. « On se comprend pas là » me dit l’un d’eux alors que j’essayais de lui expliquer où je voulais aller. Une autre fois, toujours avec un chauffeur que j’appelais au téléphone, je ne comprenais pas s’il arrivait ou s’il était déjà là. Il fallait quelques fois l’intervention des autres passagers pour m’expliquer ce que je devais faire, par exemple la fois où je tendais l’argent au chauffeur, il dit quelque chose d’incompréhensible, je lui demandais si ce n’est pas le bon tarif, alors il s’est énervé encore plus. C’était l’impasse, jusqu’à ce que ma voisine se décide à me dire qu’il voulait que je lui donne l’argent avec l’autre main.

Au travail, lorsque je suis arrivée, je discutais avec mes collègues, je leur posais des questions sur la manière dont ils travaillaient et leur organisation, j’avais un peu de mal à comprendre mais ça allait. Puis ils se sont mis à discuter entre eux et là je n’ai plus compris un traitre mot de leur conversation. A peine avais-je saisi le sujet de ce dont ils parlaient, ça avait pourtant l’air très drôle… Les jours se suivaient, je pensais progresser dans ma compréhension mais rien à faire.
C’est alors que j’ai compris, ici on parle nouchi !

Le nouchi est un mélange de français et de langues locales. C’est une sorte d’argot. Surtout présent en Côte d’Ivoire mais aussi en Afrique de l’Ouest, il est apparu dans les années 1980. A l’origine parlé par les jeunes mal scolarisés qui ne parlaient pas bien le français, il a atteint aujourd’hui toutes les couches sociales. Elle est considérée comme la langue identitaire ivoirienne. On l’entend dans les comédies populaires ivoiriennes, et dans la musique ivoirienne.


Exemple de comédie que l’on peut voir pendant les longs trajets en car et qui fait vivement réagir les passagers.

 Boucantier* n’est pas le premier mot nouchi à entrer dans le dictionnaire de la langue française, il y a également les mots s’enjailler* et faire le sapeur.
Pour vous donner une idée, voici un extrait d’un journal satirique Gbich écrit en nouchi, il faut lire avec l’accent là oh.

Hormis, le nouchi parlé entre jeunes, la manière de parler le français est très différente de la notre. En plus de l’accent, les articles sont supprimés, les adverbes, là même, viennent ponctuer les fins de phrases, par exemple:  « yé pris clés là-même ». Il y a de nombreuses expressions utilisées, « c’est gâté, faut laisser », pour désigner quelque chose qui ne fonctionne plus. Les mot ne sont pas placés dans le même ordre, et quantité de mots inconnus surement issus de langues locales sont ajoutés dans les phrases.

Pour aller plus loin, vous pouvez lire ce rapport de Séraphin KOUAKOU KONAN de l’Université Cocody en Côte d’Ivoire.
http://www.sudlangues.sn/IMG/pdf/NOUCHI_-6.pdf

Je me trouve dans une situation similaire que dans un pays étrangers quand on parle très mal la langue, et qu’on essaie de capter quelques mots de la phrase prononcée afin d’en reconstituer le sens. Ou lorsqu’on nous demande depuis quand on est là et qu’on ne saisit pas si c’est depuis quand on est arrivé ou combien de temps on reste.
Cela dit, la réciproque est vrai aussi, lorsque je parle, je dois répéter au moins trois fois la phrase pour être comprise. Par exemple, lorsque je demande à quelle heure repart le bus le lendemain, on me répond, il part tout de suite, alors je dis, non, demain, à quelle heure part le bus, alors on me répond 1500 fcfa, Tchrrr ! Lorsque je demande les horaires d’ouverture d’une boutique pour le lendemain, on me répond, je ne suis pas encore arrivé, dans 10mn. Tchrrr !

Définition :
Le boucantier : est un artiste pratiquant le coupé-décalé ou une personne aimant afficher son aisance matérielle de façon à impressionner une ou plusieurs personnes ou un large public, en portant des vêtements et des bijoux de marque et de luxe et en se comportant avec style et manières distinguées.
S’enjailler : s’amuser, s’éclater, passer du bon temps, faire la fête, prendre du plaisir.

Source:
nouchi.com le site de la culture nouchi.