Effets de parallaxe

Notre 1er mois touche à sa fin et avec lui, nos 4 premières semaines d’apprentissage, aussi bien pendant les cours que la vie de tous les jours. Avant d’entamer un nouveau cycle avec le début de notre stage en entreprise ce lundi, nous avons pris le large pour une autre grande ville chinoise : Shanghai. Nous aurons l’occasion de vous parler davantage de nos riches découvertes dans de prochains billets. Pour ma part, c’est pendant le trajet, sur la route, que je me suis attardé sur ce moment de transition entre nos deux temps forts du séjour. Et c’est fidèle à la parallaxe de notre trajet, cette conséquence du déplacement d’un observateur1, que je vais vous en parler.

Les f(l)ous records

La précision des gestes et des mécanismes

Au 1er plan, le plus rapide, l’immédiat instantané. Pour rejoindre notre destination, nous empruntons une Ligne Grande Vitesse (LGV) de 1 318 kilomètres durant 4h30. Dans ces trains mis en service en 2011 et dont les sièges pivotent sur eux-mêmes pour changer de configuration et avant le trajet retour, la vitesse de croisière affiche 350km/h (soit 30 de plus que le TGV). Et ce, publiquement. Au bout du couloir, au dessus de la porte, un panneau lumineux laisse fièrement défiler le décompte record : « current speed 345, 348, 350km/h ». Cette fierté manifeste est également à l’origine des films qui se répètent sur les 4 écrans du wagon. Ainsi, entre des séquences sur la fabrication du train, un épisode d’émission TV proche du précédent évoqué, a été tourné dans une rame en circulation. On y voit un candidat mis au défi de faire tenir en équilibre sur un socle plusieurs lamelles de bois enchevêtrées notamment au moment de passages délicats comme celui d’un pont. Il y parvient au plus grand soulagement de toute l’assemblée qui assiste en plateau à son exploit, ainsi que sa compagne qu’il demande alors en mariage, donnant à cette double performance sa plus touchante conclusion.

1 image / 5 secondes

Tant d’émotions laisse pressentir les enjeux en cours dans le développement de telles infrastructures. Et lorsque nous détournons la tête pour observer les territoires parcourus, c’est un deuxième champ, ni trop rapide pour être flou, ni suffisamment lent pour être vécu qui s’offre à notre vision. Ce point de vue incarne assez bien l’ambivalence qui peut accompagner l’excitation d’être à l’autre bout du monde pour un temps limité. Car contrairement au train, nous ne contrôlons pas la vitesse de défilement de ces 4 mois. Et même s’il s’agit d’une période suffisamment longue pour s’immerger dans le pays et découvrir de nombreux aspects de cette culture, il apparaît en creux que ce sera bien peu pour vraiment connaître les habitants et notamment leur langue, principal vecteur de socialisation. Ainsi, entre toutes les escales propices aux inoubliables expériences, nous survolerons de nombreux espaces qui resteront inconnus. Et ce, à l’image du réglage de ma caméra qui pour les besoins d’un timelapse, ne prendra que 1 image toutes les 5 secondes, laissant les autres libres de toute mémoire de voyageur.

Cycles historiques

Dans ce songe matinal, le poids de la courte nuit se fait sentir alors sur nos paupières. Les quelques tressaillements de la ligne d’horizon, percée tantôt par la cime des arbres, tantôt par les îlots d’immeubles, ne suffisent pas à perturber le calme qui s’installe. La perspective du temps long s’accompagne des soubresauts mécaniques qui, s’ils ne déséquilibrent pas les sculptures aériennes, nous bercent confortablement. Le moment devient propice au repos, face à cette immensité défilante. Vue d’avion, elle ressemblait aux circuits imprimés d’une carte mère d’ordinateur, cette nouvelle forme d’architecture de l’espace et du temps dont le signal nous conduit aux avant-postes de la modernité, à Shanghai. 26,32 millions d’habitants vivent dans ce lieu où une impression de démesure s’empare de vous, révélatrice des mouvements tectoniques de l’histoire. À l’ouest du Huangpu « fleuve de la rive jaune », le fleuve qui traverse la ville, se trouvent les quartiers traditionnels où nous étions logés et à l’est, les immenses tours ultra-modernes dont les silhouettes caractérisent les représentations célèbres des cartes postales. C’est au cœur de cette histoire en train de s’écrire qu’au petit matin, nous avons assisté à un spectacle séculaire qu’aucune transition d’époque n’altérera. Toile de fond sur laquelle les bateaux et les oiseaux tracent leur sillon depuis des générations.

1 Cette notion touche à de nombreux domaines : métrologie, psychologie, photographie, astronomie, médecine. Dans mon cas, je l’ai découverte en animation vidéo pour reproduire la sensation de mouvement par différentes vitesses de défilement des plans d’un paysage.

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