De la confiture aux cochons – Environnement 3/3

C’est au cours d’un repas entre amis qu’un questionnement nous est apparu. Il faisait nuit dehors, un courant d’air passait entre les tables de la cantine, les cuisiniers prenaient leur repas et les derniers serveurs rangeaient le gros réservoir de résidu alimentaire. « Tu crois qu’ils nous servent ça demain à la cantine ? ». C’est à la suite de cette question posée sur le ton de l’humour que nous concluons notre semaine thématique sur l’environnement. Après avoir abordé les transports, la pollution, la nature et les énergies renouvelables, il est intéressant d’aborder l’enjeu des ressources.

En effet, depuis notre arrivée, nous avons été étonnés des quantités servies lors des repas, et principalement au sein de la cantine de la faculté. Avec toutes les actions mises en place par le gouvernement ces dernières années pour protéger l’environnement, il nous semble étrange que rien ne soit fait pour limiter le gaspillage alimentaire.

Question de culture

La nourriture a toujours eu un rôle central au sein de la société chinoise. Il était d’usage de servir en abondance ses invités afin de prouver sa richesse, mais également par souci de leur bien-être. D’après le rapport de 2018 provenant du gouvernement chinois sur les ressources alimentaires, la tendance à la surconsommation de nourriture est toujours présente, principalement lors des banquets d’entreprises. Bien que des réglementations aient été instaurées pour limiter les quantités lors de ces événements, il existe toujours des moyens de contourner ces limites.

Par ailleurs, après avoir échangé avec nos camarades chinois, d’autres aspects ont été mis en lumière. Vivi, étudiante à BIGC, nous explique que le gaspillage concerne principalement les grandes villes telles que Pékin ou Shanghai. Dans sa ville d’origine, située dans la province de Shanxi, les habitants font très attention aux ressources et ne jettent que très rarement de la nourriture. Xizi, autre étudiante de BIGC, nous explique que toute la population est sensibilisée à l’importance des ressources et de leur valeur dès leur plus jeune âge.

L’étude ainsi que les dires de nos amis confirment également que ce sont principalement les restaurants qui jettent le plus de produits alimentaires. Afin de les inciter à trier la nourriture du reste de leurs déchets, des actions sont mises en place par le gouvernement. Dans certains restaurants se mêlent aux plats fumants sur les tables en bois, des éléments signalétiques incitant à consommer mieux. Pour compléter cela, une réglementation sur le tri des déchets a été également instaurée.

Le système de tri

À la suite de nos diverses excursions pékinoises, nous avons constaté la forte tendance au suremballage. À l’image des poupées russes, vous pouvez trouver votre gâteau préféré après avoir ouvert une succession de sachets plastiques. Sur les étals de fruits, chaque pomme possède sa propre protection. Toutes ces ordures se retrouvent donc au sein des différentes poubelles selon une règlementation bien précise. Comme en France, les déchets recyclables, et non recyclables sont séparés. Il s’ajoute à ces deux catégories celle des restes alimentaires.

Et dans les faits ?

Qui de mieux placé pour parler de la gestion des déchets alimentaires que les petites mains qui nous cuisinent de délicieux repas chaque jour ? Après le service du soir, assis autour d’une table de la cantine, Monsieur Zhang, cuisinier à BIGC a répondu à quelques questions pour nous éclairer.

« Ici, la nourriture cuisinée doit être consommée le jour même pour des questions de sécurité alimentaire. Le bien-être des étudiants est plus important que le gaspillage, c’est pourquoi les quantités servies peuvent paraitre hors-normes. Il est nécessaire que chaque étudiant puisse manger à sa faim. Deux fois par jour, nous récupérons les restes qui ont été jetés dans un bac spécialisé avec une capacité de 100L. C’est le gouvernement qui se charge de les récupérer et de les traiter. Il est important de ne pas mélanger les autres types déchets avec la nourriture, car celle-ci sera utilisée pour nourrir les cochons. D’une certaine manière, on ne peut donc pas vraiment parler de gaspillage. »

 

Processus de traitement des déchets alimentaires

L’avis des étudiants

Au sein de notre entourage, beaucoup semblent avertis du gaspillage alimentaire et essayent à leur échelle de protéger notre planète de la surexploitation de ses ressources, bien qu’ils ne soient pas souvent responsables des quantités servies dans leur assiette. Pour se faire, le choix de ramener les restes des repas à la maison est d’usage lorsque le repas est pris à l’extérieur. (Lors de nos premières semaines, nous nous demandions s’il était mal vu de repartir avec les restes à la fin du repas.) À la cantine, ils sont suivis par les employés qui les réprimandent si le tri n’est pas fait. À la maison, le tri n’était pas obligatoire mais s’instaure progressivement dans leurs actions du quotidien.

De notre côté, nous essayons également de faire attention à nos actions. Bien que les écriteaux ne soient pas dans notre langue, et que nous ne possédions pas tous les codes d’usage, nous développons diverses techniques. Partager les repas, et récupérer les restes sont des actions évidentes auxquelles s’ajoute le tri des déchets de façon plus générale.

Nous concluons donc cette semaine sur l’environnement avec un poème ancien, connu de tous et enseigné aux enfants afin de les sensibiliser sur la valeur de la nourriture.

« 悯农 Sympathie pour les paysans »

  « 锄禾日当午,汗滴禾下土。谁知盘中餐,粒粒皆辛苦。

Biner le mil dans la chaleur de la mi-journée, La sueur dégouline sur la terre. Connaissez-vous la nourriture dans votre assiette, Chaque grain était durement gagné. »

Écrit par Li Shen (742 – 846), politique sous la dynastie Tang.