Chinese Dynasties (1/3) – Origins

Sounds of Beijing -> Chaque mercredi, nous vous proposons la musique qui a rythmé notre semaine afin que vous puissiez l’écouter en lisant nos chroniques, et ainsi vous plonger dans nos aventures. Cette semaine, c’est séquence émotion puisque nous reposerons nos oreilles sur 菩萨蛮, un classique de la musique traditionnelle contemporaine. L’interprète connue en occident sous le nom de Bella Yao, était une des célébrités préférées des chinois avant qu’elle ne décède d’un cancer du sein il y a de ça quelques années. Dans cette chanson, elle parle de la vie des femmes au temps des premières dynasties ; un thème qui sert également de leitmotiv à la série à laquelle la chanson est empruntée.

Alors que je m’étais lancé dans l’écriture d’un petit condensé de l’histoire des dynasties chinoises entre -2070 et 1912, je me suis rendu compte que l’étude d’un tel sujet méritait sans doute mieux qu’une simple série de billets de blog. Aussi j’ai donc décidé de m’attaquer à l’écriture d’un biopic/fiction de la vie de Yu le Grand, premier roi de Chine et libérateur du fleuve Jaune, le Huangpu. Dans ce documentaire mélangeant motion-design et images d’archives, je vais essayer de raconter le plus clairement possible les tenants et aboutissants de l’idylle qui liait notre héros à Sa Mu Ye, l’âme des eaux. Au cours des 4H50 que durera ce long-métrage, vous pourrez admirer le style de Ni Ji Sui ; actrice mondialement connu pour son apparition dans « Mais enfin, qui était donc le tueur ? » ; alors qu’elle nous fera l’étalage de son panel d’expressions faciales puisque le film sera évidemment muet et noir et blanc. Souhaitons-lui d’ici là un bon rétablissement après son deuxième AVC !

C’est donc dans la veine de ce nouveau projet que l’équipe CréaTIC Beijing au complet (Si si j’insiste !) a l’honneur de vous présenter le script de ce qui deviendra sans aucun doute un classique du cinéma indépendant. En voici donc le premier acte, sobrement intitulé : « La vérité sur le cas Yu ». Rendez-vous samedi pour l’Acte II : « Par ici les Zhou » qui vous sera présenté par Kim et sa débordante imagination ; avant que Thibéry ne close ce chef-d’œuvre dans son style bien à lui en vous dévoilant « Des Qin avant-coureurs » lundi à 16H. Des rendez-vous à ne rater pour rien au monde !

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Scène d’ouverture

L’image apparaît en fondu noir. Vue sur une vallée du territoire d’Erlitou (le berceau de la civilisation chinoise, équivalent du Henan du centre-ouest) au petit matin. Un cavalier seul apparaît en fond et se dirige vers la caméra. On devine à sa tenue que la scène se passe entre -2070 et -2066 avant JC. Au cours des 7 minutes que dure ce plan, le spectateur aura tout à loisir d’admirer la pureté du paysage et la puissance du format 4:3 / 144P.

Après cette traversée aussi intense que provocante, le public pourra reprendre son souffle avec le générique de début qui mettra en lumière les différents corps de métiers ayant été impliqués dans les batailles successives menées par la première dynastie Xia. Les noms des 400.000 soldats morts au cours des combats seront également brièvement affichés afin de préserver leur mémoire. Seuls les généraux bénéficieront d’une présentation personnelle. Dans un souci de réalisme, tous ces contenus seront rédigés en caractères chinois traditionnels afin de mieux s’imprégner de l’atmosphère.

Scène I – Perdre les eaux.

Nous retrouvons le cavalier qui galope et qui finit par arriver à Ji, chef-lieu des terres d’Erlitou. Il pénètre dans la ville et se rue dans la Grand’hutte, l’équivalent de nos hôtels de ville. Il fonce dans la pièce principale et s’agenouille au chevet du souverain mourant. Ce vieil homme (au moins 26 ou 27 ans), c’est Gun. Roi du territoire d’Erlitou et descendant direct de Huangdi, l’Empereur Jaune, une des cinq divinités fondatrices de la civilisation chinoise. Malheureusement, le vieux Gun semble bien rouillé (humour) et ses projets semblent avoir du plomb dans l’aile (j’adore l’humour). En effet, comme n’importe quel quidam avec un minimum de culture générale le sait, le despote s’est rendu coupable d’avoir fait diguer le fleuve jaune sous les conseils de l’Empereur jaune, ce qui a abouti à une révolte de masse des gilets … vous l’avez ! C’est donc dans un grand râle que le gisant charge son fils Yu de réparer ses erreurs sans quoi la famille sera déshonorée à tout jamais.

Quelle surprise !

Le spectateur sera sans doute déboussolé après un tel twist dans l’histoire. Il va donc de soi que les prochaines minutes viseront à apaiser les cœurs grâce à un gros plan fixe sur le visage de Yu pendant ses 20 minutes de méditation matinale. Intense.

Scène II – Refaire la tuyauterie.

Après avoir bien (bien) réfléchi, Yu part donc en route vers le Huangpu engorgé, bien décidé à laver l’honneur de son père avant que son règne ne s’achève et qu’il ne parte rejoindre le royaume des morts. Alors qu’il galope à travers l’empire du milieu (qui à cette période est plutôt « l’empire du milieu vers le haut un peu à droite »), il lui vient une idée révolutionnaire : des canaux d’irrigation. La légende raconte  d’ailleurs que c’est en jouant à Super Ming-Liao Bros sur sa Nintenbox 3000 qu’il a le déclic en s’inspirant des moustaches du héros qui irriguent sa transpiration partout sur son visage.

Quoi qu’il en soit, la traversée du pays dure 6 minutes 30, que le spectateur peut admirer grâce au reflet dans l’œil du cheval, capturé par la GoPro fixée sans stabilisateur. Une fois sur place, Yu met en pratique son idée sous l’œil interrogateur des seigneurs des territoires bordant le fleuve jaune. Alors que l’eau est sur le point d’inonder les villages voisins, notre héros parvient à creuser une brèche dans le barrage-à-son-père (en français dans le texte). Les terres se retrouvent alors irriguées de manière ergonomique et optimisée et les cultures sont instantanément fructueuses.

Admirateurs, les monarques locaux se sautent dans les bras et confient à Yu qu’ils lui doivent une fière chandelle. « On te dois une fière chandelle » peut-on lire sur les lèvres de Miguel Costa della Vega, le seigneur de la tribu des Ling (il existe des rumeurs selon lesquelles il aurait été adopté, des théories à manipuler avec précaution). Après avoir bien festoyé pour célébrer cette victoire sur les eaux, notre aventureux prince rentre la fleur au fusil au chevet de son père Gun (le fusil … Gun …) afin de lui annoncer la bonne nouvelle.

La scène se termine sur un plan de Yu en train de marcher vers son avenir en quittant les plaines du Huangpu. Quel charisme !

Scène III – Le sourire du plombier.

Malheureusement toutes les bonnes choses ont une fin, et ce n’est pas Fast and Furious qui me fera mentir (épisode 16 bientôt dans vos salles). A peine Yu rentré à Ji, on lui apprend que son père a tiré sa révérence (hohoho, rapport au nom du paternel) et qu’il va y avoir de nouvelles élections car le pouvoir n’est pas héréditaire à cette période. L’ambiance est explosive (mais quelle présence d’esprit ce narrateur !) et c’est le fils de Gun qui finit par faire parler la poudre (ce Raphaël, une vraie gâchette, il vise toujours juste (oh mon dieu, une blague dans une blague, je crois que je vais faire une crise d’épilepsie !)) : il va se présenter et prendre la suite de son père.

Par chance, personne n’a oublié les récents exploits (en même temps c’était la veille) de Yu et c’est en toute logique qu’il accède au pouvoir et qu’il crée par la même occasion la première dynastie de l’histoire de la Chine. Les Xia, du nom de l’ethnie d’origine de la famille, resteront au pouvoir pendant un peu plus de 470 ans, jusqu’en 1618 avant le permis de conduite accompagnée de Jésus-Christ.

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Le premier volet de cette trilogie se termine donc par le couronnement de Yu le Grand qui marque le début d’une nouvelle ère pour la Chine. Le spectateur pourra alors faire une pause puisqu’un entracte permettra aux plus intéressés de trouver la documentation précise liée à l’histoire du Grand Empire et des dynasties. Les portes du cinéma resteront néanmoins closes afin de préserver l’ambiance intimiste de la projection.

De la même façon, nous vous laissons profiter de votre entracte de 3 jours et vous documenter avant les actes II et III. Mon équipe et moi sommes ravis d’avoir pu partager ce premier jet avec vous. Je me place désormais en lecteur parmi vous et je laisse la parole à ma talentueuse consœur : ne nous déçois pas, Kim !