Chinese Dynasties (2/3) –  Le grand Shangement

Trois longs jours se sont écoulés depuis le début de l’entracte. Le public, habituellement friand des derniers films d’auteurs français, semble être mitigé :  bien que l’esthétique de La vérité sur le cas Yu soit digne du prix Un Certain Regard, la scénarisation laisse quelque peu à désirer. La redondance des blagues et l’auto-valorisation excessive du scénariste lors de l’écriture de son scénario laisse une empreinte désagréable, perceptible au visionnage : « C’est très gênant » confirme un des spectateurs lors d’une interview sur les toilettes accroupies. (On ne sait pas s’il parle du film ou de sa position.) Le public est à nouveau installé confortablement dans des fauteuils rouges entourés de paquets de popcorn goût caramel et de thé noir au lait et boules noires de tapioca. Les regards qui se dessinent derrière les dernières lunettes Imax3D respirent l’espoir. Après tout, comme le dicton le dit si bien : 入乡随俗。(à nouveau village, nouvelles coutumes). Tandis que les lumières se sont éteintes, les spectateurs frémissent à l’apparition du premier plan.

Scène d’ouverture :

Suite à des contraintes budgétaires liées aux extravagances visuelles du premier acte, cette scène sera uniquement réalisée avec des marionnettes et des bruitages buccaux. Les décors initialement constitués d’objets du néolithique en provenance du futur musée historique de Yidu, scénographié par Sis’goin, ne sont plus dans la mesure de nos moyens.

Les corps gisent dans une mare de sang. Deux hommes se font face. Ils commencent alors un combat empli de rage et de vengeance. Vifs, les coups jaillissent. Tandis que Tang baisse la garde, Xia Jie profite de cette erreur pour lui planter sa lame. Zi Lü est au sol, haletant.  Xia Jie se tient avec vigueur, prêt à lui assigner le coup de grâce. Shang Tang regarde les images défiler devant ses yeux : le visage de sa femme, et les sourires de son peuple. Il songe à tous ces morts vains s’il ne parvient pas à se relever. Bloquant sa respiration, il retire d’un coup sec le sabre enfoncé dans sa chair.

Séquence I :  L’espoir tangible

花有重开日Huā yǒu chóng kāi rì. Les fleurs peuvent fleurir à nouveau.

La citation se dissipe graduellement pour laisser place aux plaines terreuses du nord. Nous sommes en -1590 et les étoiles du ciel déferlent sur la terre pour punir les pêchés impériaux. Avec un travelling avant, le public peut observer notre héros Cheng Tang, aussi connu sous le nom de Zi Lü, Shang Tang, Da Yi, Tian Yi, Shanglü, Tang ou Xian. Il est très grand, il est difforme et il arbore une moustache avec classe. Au dos de son fidèle étalon, il galope dans la campagne aride pour rejoindre sa tribu vassale appelée Shang.

Les prêtres viennent de découvrir une nouvelle prophétie sur la carapace de leur tortue totem. Les craquelures, apparues entre les caractères chinois qui y sont gravés, l’annoncent. Tang deviendra le prochain empereur chinois. Et oui, nous retrouvons les premiers signes d’écritures sous l’ère des Shang.

Séquence II : Ramener les Zhou(z) à la maison

Ayant sans doute Cersei Lannister comme modèle, Xia Jie souverain actuel de l’empire chinois ne se soucie que trop peu de son peuple. Cruel, pervers et barbare, il aime le luxe et la débauche. Assis sur son trône au sommet d’une plateforme à plusieurs marches, le Terrible ordonne de tuer le pauvre villageois qui a osé manger un fruit durant la récolte. À côté, Mo Xi sa concubine, sirote son verre de vin en ricanant devant les jongleurs et chanteuses présents pour l’occasion. Rira bien qui rira le dernier, celle-ci se fait éjecter quelques temps après par son mari qui préfère s’octroyer les deux jeunes filles de son ennemi, le roi de Minshan.  « Par ici les Zhouzs » leur aurait-il dit d’un ton malsain. Avait-il, sans le savoir, un don pour prédire l’avenir de la Chine ?

Séquence III : The rise of the faith (parce que ça sonne mieux en anglais)

Leurs dieux Tu, Ri, et He, qui représentent le sol, le soleil et le fleuve, jettent leur malédiction. Les températures chaudes et froides sont désordonnées. Les rivières Lo et Hy continuent de se dessécher tandis que de la glace se forme pendant les matinées d’été. Les fortes pluies renversent les bâtiments et détruisent les récoltes. Pour survivre, les infortunés sont obligés de vendre leurs enfants afin de ne pas mourir de faim et de soif. Shanglü ne supporte plus ces conditions et entraîne avec lui les combattants de quarante vassaux dans une guerre sans merci. Le spectateur peut alors admirer la conquête progressive du pays accompagnée du discours fondateur en voix off. « Je ne veux pas créer le chaos, mais je dois suivre le mandat du ciel et renverser Xia Jie. C’est pas moi, c’est la prophétie qui l’a dit. »

Séquence IV : Xia-o amigo

Après une dizaine d’années (résumées en seulement trente minutes, un véritable record pour la production), les Shang arrivent aux portes de Mingtiao, désormais connue sous le nom de Xian dans la province de Shanxi. Les guerriers sont prêts à se battre pour sauver leur peuple. (Bon, il n’y a pas mort d’hommes, ils croient en la vie après la mort.) La pluie fait rage. Le silence est lourd. C’est la lutte finale.

Les corps gisent dans une mare de sang. Deux hommes se font face. Ils commencent alors un combat empli de rage et de vengeance. Vifs, les coups jaillissent. Tandis que Tang baisse la garde, Xia Jie profite de cette erreur pour lui planter sa lame. Zi Lü est au sol, haletant.  Jie se tient avec vigueur, prêt à lui assigner le coup de grâce. Shang Tang regarde les images défiler devant ses yeux : le visage de sa femme, et les sourires de son peuple. Il songe à tous ces morts vaines s’il ne parvient pas à se relever. Bloquant sa respiration, il retire d’un coup sec le sabre enfoncé dans sa chair. Le sang jaillit mais il se relève avec une noble témérité. Face à la puissance des Shang, les soldats de Jie sont tétanisés et rendent les armes. Dans un geste désespéré, le maudit empereur tente de percer l’épaisse armure de son ennemi mais glisse lamentablement sur le sol. Xian lève son sabre et s’apprête à mettre fin à cette tragédie. La tension est à son comble.

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Notre spectateur craque sous ce trop-plein d’émotions : il quitte la salle précipitamment, les yeux gorgés de larmes. Dommage pour lui, il manque la fin de la bataille, le couronnement de Tian Yi et l’enchainement des 26 autres souverains jusqu’au soulèvement du dernier empereur Di Xin. (Xin). À son retour, le film est terminé. Les lumières de la salle éclairent les spectateurs encore en sanglot. À l’écran, le planning des futures sorties est affiché dans le but de leur changer les idées :

« Lundi, retrouvez la dernière partie du phénomène mondiale China Dynasties. Que va-t-il bien pouvoir arriver dans la prochaine dynastie ? 不善始者不善。Un mauvais commencement a souvent une mauvaise fin. »

« Mercredi, retrouvez Raphaël qui vous montrera ses exceptionnelles capacités éditoriales. Ingénieux, il maitrise l’art de l’alexandrin comme les poètes de la Pléiade et nous le prouvera dans son prochain article. »

« Samedi, quittez Pékin et découvrez les secrets de Jiantin aux côtés de Kimberley. »