Chaud et froid

Sounds of Beijing -> Chaque mercredi, nous vous proposons la musique qui a rythmé notre semaine afin que vous puissiez l’écouter en lisant nos chroniques, et ainsi vous plonger dans nos aventures. Pour notre part, nous vous envoyons un peu de douceur avec une Fish Leong et sa musique 慢冷, littéralement « lent à refroidir » (et dans ce cas là, lent à commencer aussi vu la durée de l’intro !) accompagné de son clip hollywoodien digne des meilleures séries chinoises. Bonne lecture !

Et si on faisait grimper le mercure ?

Imaginez-vous plutôt : Après une longue journée de stage rythmée par l’écriture d’un rapport d’expérience et ponctuée de deux interminables trajets de métro, vous pouvez enfin regagner le campus sur les coups de 19h30. Là, il ne vous reste qu’une heure et demi pour commander votre repas à emporter avant de vous rendre à la salle de sport ou au stade afin d’évacuer le stress de la journée. Coup de bol, aujourd’hui la serveuse vous comprend rapidement et vous sert votre portion de riz avec légumes et poulet mariné, sans même que vous n’ayez besoin de recourir à l’aide du langage des signes. Votre « dabao » (littéralement « dans un sac ») était parfaitement accentué et trois minutes après votre bouffe est prête et vous vous apprêtez à partir (pas de pétage de plomb, c’est une référence). Vous vous élancez alors en direction du bâtiment des internationaux pour vous changer et déposer votre repas. Vous évitez avec stratégie les libériens qui font la sieste sur le parvis, vous souriez au livreur de bouteilles d’eau à qui il manque quelques dents et vous voilà enfin devant l’ascenseur. Les portes s’ouvrent, vous vous ruez alors à l’intérieur et tambourinez sur le bouton « >|< » même si selon Thibéry, cela n’accélère pas vraiment la fermeture, il faudrait faire des calculs parce que quand même ça vaudrait le coup de savoir. Dans le même temps, vous commencez à défaire vos lacets pour faciliter l’arrachage de votre pantalon à boutons pressions … Mais c’est là qu’une main ferme et assurée s’insère dans l’embrasure et rouvre avec fracas les portes métalliques.

« Nooon tu dégages ! J’ai pas le temps ! », pensez-vous pendant que le népalais du 6 ème étage entre en souriant.

« Comment il s’appelle … ? KANTÉ ! »

Résolu à lui faire comprendre que vous êtes pressé, vous lui rendez son sourire en l’accompagnant d’un « Hi bro » tout droit sorti d’un mauvais doublage de série policière américaine. Les portes se referment et vous voilà en tête à tête. La musique se lance et commencent alors les 20 secondes les plus longues de la journée. Que faire ? Il était là lorsque les pakistanais vous ont invité pour l’Aïd, vous ne pouvez donc pas l’ignorer. Pour autant, vous ne vous rappelez plus de son domaine d’activité ni du sujet de sa thèse et il vous sera donc difficile de l’attaquer sur ce sujet. Il ne vous reste donc plus qu’à utiliser la fameuse carte Sortie de Prison quasi-universelle : celle que les mamies savent faire durer plus longtemps qu’une traversée de boulevard en déambulateur ; celle qui passionne tous les peuples depuis que l’Homme est Sapiens (big up à Yuval Noah Harari) … la punch-line météorologique !

Jintian feichang he ! (« il fait extrêmement chaud aujourd’hui »)

« It’s getting hot in herre ! » glissez-vous avec l’accent des bas-fonds d’Atlanta que vous travaillez depuis que vous avez vu 8 Mile en quatrième. Heureusement, le népalais ne saisit pas le sous-entendu tendancieux involontaire que vous venez de lui faire et il vous répond du tac au tac : « Yeah ! So hot that I’m wet right now ». Il est vrai qu’il a l’air de transpirer autant qu’un tacos au soleil et cette image vous rappelle bizarrement le double viande sauce fromagère de la place des pavillons. L’ascenseur passe alors le troisième étage et vous enchaînez : « OMG I can’t wait to be in the room. My body is so sweaty that I will throw my clothes away! ». Votre interlocuteur semble apprécier l’idée puisqu’il commence lui aussi à défaire les boutons de sa chemise. Et d’ajouter : « My body temperature keeps rising, I think there’s a problem with my inner air-conditionner ! », avec un sourire en coin. C’est à ces mots que vous comprenez enfin l’évidence qui vous pend au nez depuis le début de l’élévation : nul besoin d’épiloguer puisque la climatisation est présente partout à Beijing ! Que ce soit au bureau, dans le métro ou sur le campus, chaque pièce est aussi fraîche que la température extérieure est chaude.

Un froid de canard pékinois (c rigolo paskeu c la spéssialité)

Que cette brève introduction romancée ne vous fasse pas pour autant perdre le cœur de mon propos (qui n’est pas le niveau pitoyable de l’enseignement des langues en France et au Népal), l’abysse entre la canicule extérieure et la bise glaciale intérieure est un des principaux facteurs de notre consommation excessive de mouchoirs. En effet, il est surprenant de constater à quel point un organisme humain se dégrade rapidement lorsqu’on lui impose une dégringolade de 30 degrés au simple passage d’une porte. Ainsi, et dans un intérêt de recherche scientifique, l’Institut Franco-Chinois De L’étude Des Failles Spacio-Thermique (plus communément appelé IFCDLDFST) vous présente le top 1 des endroits que vous devez éviter si vous êtes du cyclohexane en fusion*.

     1- Le wagon-bar du train Shijiazhuang-Beijing.

Avec une température moyenne de 26.4 degrés, la voiture 1 du train de nuit à moyenne vitesse fait partie de ces lieux où le jeune cyclohexane en fusion peut gambader sans être inquiété par un quelconque problème de changement d’état. Il peut ainsi grimper sur un des lits triplement superposés pour avoir une vue d’ensemble sur le wagon, ou encore sautiller sur les genoux de sa maman hydrogène ou de son papa carbone … Par contre, s’il se rend dans la voiture centrale de train, le fameux wagon-bar, il perdra toute sa fluidité tant la chute de température est extrême. Ces chaleurs sibériennes ne semblent en tout cas pas inquiéter le cuisinier qui fait volontiers tomber la chemise le temps d’avaler un plateau repas à base de riz-légumes, avant de beugler sur les cinq jeunes français venus papoter là pour occuper leur voyage retour. Mais ça, vous le découvrirez dans le prochain épisode !

 

* Pour les incultes qui ne connaîtraient pas la classification périodique des éléments par cœur, le cyclohexane est un hydrocarbure saturé dont la température de fusion est de 6 degrés Celsius.