Au nom de l’art

À travers l’article Mélanges artistiques, publié il y a déjà plus d’un mois, nous mettions en avant le quartier artistique pékinois le plus connu sur la scène internationale. Pour ceux qui n’auraient pas eu le temps de le lire, le quartier culte du 798 Art District, situé dans le nord-est de la ville, regroupe un ensemble de galeries promouvant les artistes contemporains. De notre point de vue, nous avions remarqué que très peu d’autres lieux d’art contemporains prenaient place en dehors de Dashanzi. Ce quartier semblait regrouper au sein d’un pôle unique tous les lieux d’arts de ce type, laissant principalement au restant de la ville des galeries d’art traditionnel, mêlant calligraphie et peinture. De rencontres en rencontres, de recherche en recherche, nous découvrons progressivement les lieux d’expositions animant la scène actuelle. Situés en dehors du pôle d’art, elles nous permettent donc de déconstruire graduellement la première idée établie au début du séjour. Nous alternons alors entre expositions et performances, dans des lieux plus « underground », mêlant galeries, bars, et cafés.

Un espace d’art pékinois

Aotuspace, entre galerie et centre d’art, est l’un d’entre eux. À l’occasion d’une performance unique, liant poésie, musique et arts visuels pour former un kaléidoscope d’arts collaboratifs, nous avons rencontrés Ray Wu (吴晓瑞), le gérant des lieux. Originaire de la province de Zhejiang, dans le sud-est de la Chine, il est arrivé à Pékin au cours de l’hiver 2007 en tant que styliste. Humble et accessible, il nous confie lors d’un entretien l’histoire de sa galerie et sa vision de l’art contemporain en Chine.

 « Résolvez activement toutes sortes de problèmes et faites de votre mieux pour assurer la pérennité du lieu. »

Depuis 2014, et avec l’aide d’un groupe de personnes, Ray déploie toutes ses forces dans le maintien de ce havre culturel et artistique malgré les différents problèmes rencontrés. Dans l’Est de Pékin, entre hutongs et grandes avenues, la galerie réside dans un ancien bâtiment aux pierres grises. Depuis deux ans, le gouvernement chinois a imposé aux anciens hutongs de ne plus être des lieux de commerce obligeant les propriétaires des lieux à démolir les façades et les extensions. Du jour au lendemain, les devantures, vitrines et enseignes disparaissaient entrainant avec elles les malheureux commerçants chinois. Ray a su rebondir pour garantir la pérennité de son centre en réaménageant les lieux qui accueillaient également un salon de coiffure et un restaurant. Il a réussi à réaliser ces lourds travaux tout en continuant son activité artistique. Aotuspace se veut être un lieu de bien public, bien loin d’institution purement commerciale. Le véritable défi prend place au niveau économique suite aux épreuves imposées par le gouvernement chinois. Désormais d’apparence discrète, le lieu respire la modernité une fois le seuil de la porte dépassé. Organisé comme les maisons typiques nommées Siheyuan (四合院), Aotuspace est composé d’un hall d’accueil, d’une salle d’exposition ouverte sur un bar et d’un toit terrasse, le tout entourant une cour intérieure étroite.

 « J’ai rencontré un groupe merveilleux de gens et je fais maintenant quelque chose de merveilleux. »

Aotuspace est un lieu qui offre aux jeunes artistes et designers différents services. Plus proche d’un centre d’art, c’est-à-dire un espace d’expérimentation et de production, que d’une simple galerie d’exposition, on y trouve des expositions temporaires et performances ponctuelles. Son but ? Soutenir tous les artistes contemporains d’avant-garde avec passion et détermination, le tout sans restriction au niveau de la forme. Ray possède également la volonté de propager l’art contemporain que ce soit au niveau national comme international. En brisant les limites géographiques et les barrières de la communication, il souhaite démocratiser ce domaine qui peut sembler inaccessible au grand public non-initié. A l’échelle de Pékin, l’emplacement de la galerie est une première étape dans cette démarche. En choisissant un emplacement en dehors du 798 art District, Ray permet à l’art de ne pas se cantonner à une unique partie de la ville. Pour lui, il est nécessaire de développer de nombreux espaces où laisser les artistes s’exprimer. Partager l’art est essentiel à ses yeux. Sa valeur réside dans la beauté de la création et sa rencontre avec le public. Ensemble, ils contribuent à embellir la civilisation humaine. Cette beauté est très importante car elle représente selon lui, l’état de nos êtres.

« Grâce à vous [les artistes], le monde est vraiment magnifique ! »