Administration, mode d’emploi

Et oui Raphaël, les footballers sont des stars ici en Côte d’Ivoire, Didier Drogba est présent sur tous les panneaux publicitaires. Mais aujourd’hui la nouvelle star, c’est Nicolas Pépé qui joue actuellement à Lille, et qui est très attendu pour la prochaine CAN 2019, je vous invite d’ailleurs à suivre le premier match des Éléphants face au Maroc le vendredi 28 juin au Caire.

Je ne vais pas vous parler de foot aujourd’hui, mais de tous ces petits services que l’on vous rend, et qui ne sont pas gratuits (contrairement aux éloges envoyés depuis notre ami en Chine dans son article Gēlúnbǐyǎ).
À Abidjan, ce n’est pas facile de savoir comment fonctionne les administrations. Or, il est parfois nécessaire de faire des démarches comme par exemple pour prolonger son visa.

En France, lorsque j’ai fait ma demande de visa, l’ambassade m’a accordé un visa de 3 mois, ensuite, il fallait que j’aille à la DST (Direction de la Surveillance du Territoire) à Abidjan, demander la prolongation en visa long séjour et je devrais payer la différence entre le visa court et long séjour sur place.

« Attendez, j’appelle le chef »
Il y a quelques semaines, je me suis donc déplacée jusqu’à la Sûreté (DST), c’était un vendredi après-midi dans la commune du plateau, je suis arrivée en taxi. À peine, avais-je posé le pied sur le sol que le garde posté devant la grille, un homme élancé en uniforme de police qui faisait de grands gestes, me hurlait dessus en me demandant de me mettre sur le côté et de patienter. Après 2 mn d’attente, il est revenu vers moi et m’a demandé ce que je voulais, « passeport ? ». Je lui ai expliqué que je voulais prolonger mon visa. Il m’a dit d’attendre, qu’il allait appeler le chef. Je lui demandais si je pouvais entrer, il me répondis de rester là. Lorsqu’il revint, le téléphone à la main et il me dit que le chef voulais me parler. Mon interlocuteur se présenta Chef Adou, je lui expliquais ma requête, et il me répondit qu’il n’y avait pas de problème, je n’avais qu’à donner mon passeport et 150000 fcfa au policier, et mon passeport serait prêt le lendemain, samedi.
Évidement je n’avais pas une telle somme sur moi, je n’allais de toute façon pas laisser mon passeport à un policier dans la rue. La prolongation du passeport devait coûter 46 €, là, on me demandait 230 €. Je quittais donc le policier expliquant que je n’avais pas l’argent sur moi et que je reviendrais.

Une commission pour service rendu
J’étais embêtée, car je n’avais même pas pu entrer dans l’enceinte du bâtiment. De retour au travail, le lundi, je demandais conseil au juriste de l’entreprise. Il me dit:
 » Ah oui, c’est parce que vous deviez être en dehors des horaires d’ouverture, et qu’il a demandé une petite commission, pour rendre service. » Il fallait y retourner un jour de semaine vers 10 h 30.
Évidemment, je n’avais pas vu les choses comme ça.
Le mercredi matin, je retourne à la Sûreté, bien décidée à ne pas me laisser embobiner. Il se trouve que je devais également passer à l’office du tourisme situé tout à côté. Je voulais en profiter pour demander conseil pour entrer dans le bâtiment. Trois dames habillées en boubou africain d’une trentaine d’années me répondent,
« Ah non, il ne faut pas passer par la grille, il faut passer par-derrière, la petite rue, vous ne connaissez pas ? On va vous accompagner.  »
Je la suis donc à travers le parking sous-terrain, nous ressortons dans une petite ruelle, et elle m’indique l’entrée, une petite porte gardée par 2 policiers.

Le policier sourit, ça le fait rire
J’entre sans rien demander, on me donne un badge « Visa ». Mais je suis très vite arrêtée par un policier assez âgé et trapu, du genre à qui on ne la fait pas, qui m’accompagne jusqu’à l’accueil. Je demande le bureau des visas, le policier me répond: « Attendez, j’appelle le chef ». Ah non, là, je me mets à râler. » Tout le monde passe directement, pourquoi moi, on m’arrête, l’ambassade de Côte d’Ivoire en France m’a indiqué que je devais seulement prolonger mon visa », et je commence à sortir mes papiers. Le policier de l’accueil sourit, ça le fait rire. C’est un jeune homme, l’air nonchalant, sympathique mais il ne m’aide pas. Un autre policier arrive, et me conduit dans un bureau où je réexplique ma requête, on me fait patienter, puis le policier m’amène dans une autre pièce où une dame est assise derrière un grand bureau, il lui dit, « c’est bon, tout est en règle ». C’est une jeune femme corpulente, enceinte et proche du terme qui prend une collation, elle voit que je suis un peu tendue, me demande de remplir un formulaire et m’explique qu’ils vont me donner un nouveau visa de 3 mois pour 38 000 fcfa. Ouf, je suis enfin arrivée à destination, ensuite, tout se passe dans les règles.

Ici, rien n’est gratuit
C’est une petite anecdote, mais qui montre qu’ici, il est habituel de verser des pourboires, personne ne s’offusque de ça. La même semaine, j’assistais au cours du soir sur l’innovation. Les étudiants qui participent sont en reprise d’étude et travaillent comme cadre ou médecin dans des entreprises. Bref, le cours était censé démarrer à 18 h. A 18h15 il n’y avait que 5 ou 6 personnes présentes, le professeur a demandé à un élève de se mettre derrière la porte, à une table et de faire payer 1000 fcfa chaque retardataire. Je trouvais ça drôle de marquer le coup de cette manière. Mais ce qui m’a le plus étonné, c’est que tout le monde ouvrait son portefeuille sans rien dire ou tout au plus, levait les yeux au ciel et souriait. C’était la cagnotte pour acheter de quoi grignoter.